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Que tirer de l’extrême droite ?

De plus en plus de personnes se rallient aux cotés des extrémistes pour revendiquer la « liberté d’expression ». Mais dans un pays démocratique, n’est-ce pas absurde ? Les vraies revendications de ces personnes concernent en réalité l’autocensure et le politiquement correct. Ils voient en celles-ci une maladie qui empêche les médias de faire leur travail correctement en relayant un débat public pleinement démocratique dont des solutions innovantes pourraient émerger.

Si l’extrême droite gonfle dans les sondages et se manifeste de plus en plus visiblement dans les espaces d’expression anonymes, c’est parce qu’elle fait plus que de rassembler des forcenés « extrémistes » et des ignorants ne parvenant pas à comprendre la « république ». Sous les étiquettes d’ « extrême droite », de « fasciste » et de « conspirationniste » on rassemble pêle-mêle des mécontents aux courants de pensée très divergents et parfois opposés. On y classe les mouvements les plus rétrogrades aux côtés des plus innovants. Dans ce tiroir mal connu siègent ensemble, des hooligans nazis alcooliques, des accros de l’internet qui fantasment et des intellectuels qui ennuient le gouvernement.

Si certains mouvements identitaires ne carburent qu’à la simplification des raisonnements et aux cercles d’idées fermés pour aboutir sur la violence, d’autres mouvements politiques supposés « extrêmes » sont au contraire des écoles de pensées pleines de vie. Le journaliste politique Edwy Plenel décrivait tout récemment l’Action Française comme un « laboratoire idéologique de la réaction,  hélas non dénué de talent, qui poursuit son travail de subversion »[1]. Le mouvement monarchiste qui se doit « d’être intellectuel et violent »[2] selon sa figure de proue historique Charles Maurras, cultive en effet toutes les semaines ses militants avec des conférences et des débats – appelés « cercles » dans le jargon – et nourris ses lecteurs dans son journal l’Action Française 2000. Le mouvement politique le plus ancien de France a inspiré d’autres courants de pensées « extrêmes » dans cette dynamique. C’est le cas de l’association politique Égalité et Réconciliation qui a transposé le modèle du journal et des conférences sur internet. Aujourd’hui egaliteetreconciliation.fr va jusqu’à surpasser les « pure players » Mediapart.fr ou Atlantico.fr avec un rang Alexa de 288 contre 338 et 370.

L’extrême droite « intellectuelle » ré ouvre aujourd’hui ses propres maisons d’éditions, –éditions KontreKulture et Le Retour aux Sources –, publie ses propres gazettes – magazine Rebellion et la « lettre confidentielle » Faits & Documents – qui vont bien plus loin que les canards bêtes et méchants de l’extrême droite – Minute et Rivarol –. Pour couronner le tout, leurs auteurs donnent des conférences régulières qui font salles combles et des dizaines de milliers de vues lors des diffusions sur Internet.

On distingue dans ce bouillonnement intellectuel et doctrinal, plusieurs démarches :

La démarche « maurassienne » du pragmatisme : celle-ci consiste à penser que la meilleure solution politique est celle qui a fait ses preuves. Ainsi, en étudiant le passé, on peut parvenir à l’organisation politique ou sociale la plus efficace, qui apporte le plus à chacun des membres de la société. A titre d’exemple, son auteur Charles Maurras prône pour la France, une monarchie décentralisée avec une organisation sociale de type corporatiste.

La démarche de subversion : on remet en cause totalement les pratiques et idées communément admises, on sort de tous les cadres, on refait l’histoire. Par exemple, le mouvement « anarcho-royaliste » du lys noir prône, à l’instar des mouvements antifascistes les plus radicaux, une décroissance totale à l’échelle du pays et la sortie du « régime publiciste » c’est-à-dire de l’omniprésence de la communication. Un autre exemple parlant : certains mouvements remettent en question les droits de l’homme issus des lumières. Ils les considèrent comme un « concept creux » qui met l’individu seul face à l’Etat et réfléchissent à des alternatives comme les droits collectifs : les groupes sociaux avec leur hiérarchie propre – corps de métiers, villes, familles – négocient auprès des autorités supérieures les droits de ses membres et défendent ces derniers avec la force du groupe. Ils reprennent les réflexions de penseurs et de philosophes oubliés du XX eme siècle qui ont remis en cause la démocratie « bourgeoise » comme Proudhon, Kropotkine ou Marx, ressortent des documents historiques controversés sur lesquels ils s’appuient parfois pour penser l’impensable.

De même qu’une université du Kent[3] aurait très récemment démontré que les personnes catégorisées comme « conspirationnistes » seraient « plus saines que ceux qui acceptent les versions officielles des événements » pour leur esprit critique plus développé, les éternels subversifs de l’« extrême droite » pourraient apporter, dans une certaine mesure, du grain à moudre au débat des idées. En effet, les questions qu’ils se posent sont très hétérogènes. A titre d’exemples : comment consommer pour court-circuiter les circuits de grande distribution ? Faut-il vacciner ses enfants ? Comment survivre en cas d’effondrement économique ? Comment éviter la guerre civile ? Quel avenir politique « out of the box » est-il possible? Démocratie directe ? Tirage au sort des députés? Restauration ? Instauration ? 6eme république ? Non-remboursement de la dette comme en Islande ? Réintroduction d’un système d’étalon Or ? Alliance avec la Russie ?

Quoi qu’on pense de ces écoles de pensées choc qui usent et abusent de leur liberté d’expression, on pourrait voir la « maladie des extrêmes » comme une fièvre qui instaure des conditions difficiles mais qui permettrait aux anticorps de débarrasser le corps politique de l’autocensure et du politiquement correct qui risquent de causer sa mort cérébrale.

Dans le monde de l’entreprise où l’évolution est indispensable à la survie économique, on observe que les géants qui sont forcément moins innovants et adaptables soignent les « startups ». Ils les financent, les encouragent, les rachètent ou copient leurs systèmes décisionnels pour être toujours à la pointe. Certaines entreprises permettent même à des employés de former et de financer leurs projets d’entrepreneuriat tout en restant salariés. Peut-être que les géants de la politiques devraient interagir beaucoup plus avec les associations et les groupuscules politiques aux pensées divergentes. Les partis devraient plus se mettre en danger en lançant de nouveaux projets et en intégrant des petits groupes politiques comme cellules pour les mener à bien. Les partis pourraient financer de la recherche politique, des groupes de pensée qui n’auraient pas pour but de formater et de convaincre plus de monde, mais de fabriquer de la pensée neuve.

Enfin, il n’y a pas une seule « extrême droite » il existe une nuée de courants contestataires qui se construisent en opposition au « système » avec des écoles de pensées multiples qui se confondent parfois avec l’extrême gauche dans leurs questionnements. Si l’on peut tirer quelque chose de ces mouvements, c’est probablement dans l’écoute mutuelle et la remise en question plutôt que dans la marginalisation.

[1] www.causeur.fr/mariage-gay-edwy-plenel-27656.html

[2]www.actionfrancaise.net/craf/?Manifeste

[3] Etude du 8 juillet par les psychologues Michael J. Wood et Karen M. Douglas de l’Université de Kent (Royaume-Uni). Intitulée « What about Building 7? A social psychological study of online discussion of 9/11 conspiracy theories »

Hacker la démocratie sur internet avec l’astroturfing

L’Astroturfing est une technique consistant en la simulation d’un mouvement spontané ou populaire à des fins d’ordre politique ou économique pour fabriquer l’opinion. Elle consiste à donner l’impression d’un sentiment majoritaire pour justifier une prise de position.

L’astroturfing joue sur un certain nombre de ressorts psychologiques, notamment le pouvoir du conformisme et de la pression sociale démontré par l’expérience de Asch[1] et conceptualisé dans « L’effet Bandwagon »[2]. Cet effet, également appelé « effet de mode » regroupe le comportement « moutons de panurge » ainsi que le fait que les esprits indécis finissent par prendre tardivement leur décision en imitant ce que pense ou fait la majorité.

En pratique, l’astroturfing s’effectue en influant le cours de l’information sur l’internet participatif : manipulation de sondages, flood, troll dans les commentaires et sur les réseaux sociaux. Certains vont même jusqu’à mettre en place en place des robots. C’est le cas des jeunes de l’UMP avec l’outil Twitpop[3] mis en place en 2011 qui permet aux fanboys du parti de lui donner les pleins pouvoirs sur leur compte Twitter. Grace à cet outils, tous les comptes zombies retweetteront de façon automatisée les tweets écrits par les « Jeunes pop ». Toujours à l’avant-garde du progrès, l’équipe de campagne de François Hollande à très rapidement fait de copier l’Union des Moutons de Panurge pour mettre en place son propre système de spam avec le compte toushollande.fr .

Heureusement l’élite de la république ne semble pas encore avoir eu l’inspiration des Sud-coréens qui auraient mis en place en 2012 une campagne de diffamation industrielle automatisée ayant engendré près de vingt-quatre millions de tweets pour écarter un candidat. Enfin, ne parlons pas trop vite c’est peut-être déjà prévu pour 2017.

En marketing, la technique est également utilisée, quoi de plus facile pour écraser la visibilité du concurrent ? Ainsi quelques affaires de grande ampleur ont éclaté dans la téléphonie avec l’attaque de Samsung sur HTC. En France, des affaires de « faux contributeurs » ont été mises à jour sur Médiapart, le Figaro, les Echos, le Huffington Post et Economie Matin. Des agences de communication ou des startups ambitieuses ayant créé des personnages ou des journalistes de toutes pièces avec compte Facebook, profil Linkedin et CV fictif ont été épinglés par les internautes.[4]

Certains considèrent l’astroturfing comme légitime dans la manière ou, à l’image de la fable de La Fontaine, c’est dans la nature de toutes grenouilles d’essayer de se faire aussi grosse que le Bœuf. Mais la morale de cette fable-là, c’est que sur Internet comme partout ailleurs, la démocratie n’existe pas.

pour plus d’informations:

http://tendactu.fr/les-coulisses-du-web/2551/
http://bdc.aege.fr/public/Astroturfing_Enjeux_pratiques_et_detection.pdf

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Asch
[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_de_mode
[3] http://leplus.nouvelobs.com/contribution/189829-les-jeunes-de-l-ump-et-twitter-ou-les-moutons-2-0.html
[4] http://vigie-astroturf.blogspot.fr/

Le baccalauréat : beaucoup de bruit pour pas grand-chose ?

Lundi 17 mai 2013. Le coup de feu du baccalauréat est donné avec, pour changer, l’épreuve de philo. Aujourd’hui, si je pouvais, je ne lirais pas les journaux, n’écouterais pas la radio, n’allumerais pas ma TV (ah bon, j’ai jamais branché ma freeb*x HD donc je n’ai pas la TV, c’est déjà ça de gagné).

Photo de bacheliers en pleine épreuve

Mais malheureusement, je lis les actualités. Toute la journée. Et là, il est 15h30 et j’ai déjà vu passer 8 articles différents qui NE contiennent QUE les sujets de philo. On le saura que les littéraires ont eu un sujet sur le langage et la science et les scientifiques sur la politique. La question qui me taraude est celle-ci : est-ce que les sujets du bac de philo nous intéressent ?
Je ne peux parler que pour moi, certes mais tous les ans c’est la même chose, on en entend parler pendant dix jours avant la date fatidique, on en fait tout un foin le jour J, on fait stresser les terminales, on nous demande « et toi ? Tu aurais pris quel sujet ? », etc. Et puis le mardi soir tout le monde a oublié que le bac avait commencé la veille. Parce qu’il y a quand même des choses un peu plus intéressantes comme le programme PRISM, la révolte en Turquie, ou bien un gif de chat tout mignon
Gif animé d'un chat
ou encore le film de ce soir. Eh oui, avouez-le, regarder les Experts Miami, le lundi soir, ça vous plaît quand même plus que d’écouter des pseudo-philosophes proposer une correction-type sur France 3 à l’inter programme.

Quand vous avez passé votre bac pourtant, pour ceux qui ont choisi cette voie, alors là, oui, ça vous intéressait, vous réfléchissiez à ce que vous aviez appris en cours, à quels texte réviser, vous stressiez ; ou pas selon votre profil de bon ou mauvais élève, de travailleur ou de fainéant, etc. Puis le grand jour est arrivé, vous étiez devant votre copie pris d’une frénétique envie de coucher toutes vos idées sur le papier ou au contraire, le cerveau soudain plus vide qu’un ballon de baudruche. Mais péniblement, que cela ce soit bien passé ou mal, quatre heures après, c’était fini. Ce truc pour lequel on vous a préparé toute une année, stressé des mois entier n’aura duré que quatre petites heures.

Comment ça se passe APRÈS ?

Alors, en sortant on discute : qui a pris quel sujet ?, qui a cité quel auteur ?, on partage avec les copains, on se sent plutôt bien parti ou on change d’avis en lisant les brouillons des autres pleins de références auxquelles on n’a pas pensé. Puis on rentre chez soi : c’est pas pour dire mais demain y a géo/physique/anglais…
Sauf que d’abord, y a la soirée avec les parents et c’est rebelote : on cite à nouveau le sujet qu’on a choisi, on explique on parle, on refait la dissertation une troisième fois. Et on croit que c’est bon, mais ce n’est pas fini. Ça recommence…

• …le week-end, chez les grands-parents.
• …à la fin du mois en partant avec les copains.
• …au moment des résultats quand le moment est venu de commenter la note. (« Mais pourtant j’avais cité Freud/Descartes/Platon » Rayez la mention inutile).
• …en Août, pendant les vacances (bah oui, ça fait partie de l’éternelle discussion abordant les sujets tels que « Et alors le bac ? » ou « Finalement tu fais quoi l’année prochaine ? »).
• …à la rentrée, avec les nouveaux camarades de fac, de prépa, de BTS, au premier emploi. C’est tout frais, c’est tout jeune, on se rappelle bien, on se rappellera toujours de son sujet de philo au bac.

Enfin c’est ce que je croyais moi. Sauf que voilà, mon bac, ça fait 6 ans. Et facilement 3 ans que j’ai aucun souvenir du sujet que j’ai choisi. La première fois que je m’en suis aperçue, ça m’a étonnée, alors j’ai creusé mon cerveau, mais impossible de retrouver l’intitulé.

Photo d'un homme se grattant la tête

Une fois sur internet, j’ai cherché, trouvé, n’ai pas su me rappeler lequel d’entre les deux sujets de dissertation j’avais choisi. Enfin bref, on nous bassine avec pendant des années, on en parle à tout le monde pendant quinze jours, tout ça pour quoi ? Une question dont on ne se rappelle plus un an après, qui compte pour une petite partie de notre note (il faut bien l’avouer) et qui en plus ne nous sert à rien d’autre qu’avoir le droit de faire plus d’études (enfin en admettant qu’on ait réussi les autres épreuves. Mais si rappelez-vous, les autres matières, celles dont on ne parle jamais au JT ! Si, si, je vous assure, si vous avez passé le bac, vous les avez passées aussi !).

Alors comme je le répète autour de moi chaque année, si on pouvait arrêter de nous parler de ces quatre petites heures de l’année pendant quinze longs jours de l’année, ce ne serait pas plus mal. Parce que, tout comme le reportage sur la mort de Lady Di deux ans après, le concert des soixante-dix ans de Johnny ou encore les pérégrinations de Gérard Depardieu, on s’en fout.

Charlotte Faure

Quand la société impose ses codes vestimentaires…

Je ne me lancerai pas dans une classification, avec un meilleur et un pire, mais simplement dans un tour d’horizon des déguisements de circonstance que la société/notre travail/notre maman (rayez la mention inutile) nous force à enfiler, pour faire honneur à la bienséance. Tout simplement.

Douillette, gigoteuse et turbulette, même combat…

Tout commence à la naissance. Oui, c’est vrai, les bébés, il faut tout leur faire faire nous même. Les nourrir, les changer, les laver, etc… Il est normal de viser le pratique avant l’esthétique. Ainsi, les douillettes, turbulettes et autres gigoteuses font parfaitement l’affaire, même si certaines nouvelles mamans cherchent de vains avis sur internet pour bien choisir la douillette de son bébé. Quand on sait qu’une turbulette, c’est un petit baluchon qui sera finalement trop petit pour faire des courses de sacs de patate, il y a de quoi se lamenter.

Plus tard, le bébé devient enfant, puis ado. L’ado s’habille par lui-même et s’il n’est plus contraint, ce n’est pas pour autant qu’il n’enfile pas un véritable costume de parade. Sûrement que leur musique de sauvage a à voir avec tout ça.
Dans les années 2000, les coupes sont beaucoup plus décomplexées qu’en 1950. Et variées ! Deux coiffures en 2005 contre une seule en 1950 !

Vient ensuite le temps des premiers boulots. C’est bien, sans demander aucune qualification, il est possible de travailler pour une chaîne de fast-food quelconque et gagner un peu d’argent de poche. Enfin, sérieusement, est-il nécessaire de concevoir un tel personnage pour marquer à vie nos jeunes ? Je vous le demande mon bon monsieur…

 

 

Après avoir trimé derrière son déguisement, finalement, la dignité de l’étudiant n’en a pas pâti : il était fort heureusement méconnaissable sous le fard et la perruque (mais était-ce seulement une perruque ?). De l’amuseur de foule (le bouffon ?), l’étudiant exploité fait un pas de géant dans la société et est promu directeur général – ou bien veut-il seulement s’habiller « classe » pour le nouvel an. Saviez-vous qu’il existe deux sortes de complets ? Le complet américain, plus long et large, et le complet anglais, plus près du corps. La coupe de ces vêtements n’a que peu évolué depuis 1930, et ça se voit !

La dernière étape phare dans la course à l’accoutrement de circonstance, c’est le mariage. Quelle future mariée aborderait « le plus beau jour de [s]a vie » en baskets-jean ? Non, Madame écumera les boutiques jusqu’à trouver LA robe de mariée qui lui plait, qui lui permettra de subjuguer ses invités, d’être la reine pour une journée. Et c’est encore plus beau quand on s’apprête à donner la vie, avoir un enfant et lui offrir, dans l’ordre, une turbulette, du gel, du maquillage et enfin, un joli costume si c’est un garçon et une jolie robe si c’est une fille.