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Que tirer de l’extrême droite ?

De plus en plus de personnes se rallient aux cotés des extrémistes pour revendiquer la « liberté d’expression ». Mais dans un pays démocratique, n’est-ce pas absurde ? Les vraies revendications de ces personnes concernent en réalité l’autocensure et le politiquement correct. Ils voient en celles-ci une maladie qui empêche les médias de faire leur travail correctement en relayant un débat public pleinement démocratique dont des solutions innovantes pourraient émerger.

Si l’extrême droite gonfle dans les sondages et se manifeste de plus en plus visiblement dans les espaces d’expression anonymes, c’est parce qu’elle fait plus que de rassembler des forcenés « extrémistes » et des ignorants ne parvenant pas à comprendre la « république ». Sous les étiquettes d’ « extrême droite », de « fasciste » et de « conspirationniste » on rassemble pêle-mêle des mécontents aux courants de pensée très divergents et parfois opposés. On y classe les mouvements les plus rétrogrades aux côtés des plus innovants. Dans ce tiroir mal connu siègent ensemble, des hooligans nazis alcooliques, des accros de l’internet qui fantasment et des intellectuels qui ennuient le gouvernement.

Si certains mouvements identitaires ne carburent qu’à la simplification des raisonnements et aux cercles d’idées fermés pour aboutir sur la violence, d’autres mouvements politiques supposés « extrêmes » sont au contraire des écoles de pensées pleines de vie. Le journaliste politique Edwy Plenel décrivait tout récemment l’Action Française comme un « laboratoire idéologique de la réaction,  hélas non dénué de talent, qui poursuit son travail de subversion »[1]. Le mouvement monarchiste qui se doit « d’être intellectuel et violent »[2] selon sa figure de proue historique Charles Maurras, cultive en effet toutes les semaines ses militants avec des conférences et des débats – appelés « cercles » dans le jargon – et nourris ses lecteurs dans son journal l’Action Française 2000. Le mouvement politique le plus ancien de France a inspiré d’autres courants de pensées « extrêmes » dans cette dynamique. C’est le cas de l’association politique Égalité et Réconciliation qui a transposé le modèle du journal et des conférences sur internet. Aujourd’hui egaliteetreconciliation.fr va jusqu’à surpasser les « pure players » Mediapart.fr ou Atlantico.fr avec un rang Alexa de 288 contre 338 et 370.

L’extrême droite « intellectuelle » ré ouvre aujourd’hui ses propres maisons d’éditions, –éditions KontreKulture et Le Retour aux Sources –, publie ses propres gazettes – magazine Rebellion et la « lettre confidentielle » Faits & Documents – qui vont bien plus loin que les canards bêtes et méchants de l’extrême droite – Minute et Rivarol –. Pour couronner le tout, leurs auteurs donnent des conférences régulières qui font salles combles et des dizaines de milliers de vues lors des diffusions sur Internet.

On distingue dans ce bouillonnement intellectuel et doctrinal, plusieurs démarches :

La démarche « maurassienne » du pragmatisme : celle-ci consiste à penser que la meilleure solution politique est celle qui a fait ses preuves. Ainsi, en étudiant le passé, on peut parvenir à l’organisation politique ou sociale la plus efficace, qui apporte le plus à chacun des membres de la société. A titre d’exemple, son auteur Charles Maurras prône pour la France, une monarchie décentralisée avec une organisation sociale de type corporatiste.

La démarche de subversion : on remet en cause totalement les pratiques et idées communément admises, on sort de tous les cadres, on refait l’histoire. Par exemple, le mouvement « anarcho-royaliste » du lys noir prône, à l’instar des mouvements antifascistes les plus radicaux, une décroissance totale à l’échelle du pays et la sortie du « régime publiciste » c’est-à-dire de l’omniprésence de la communication. Un autre exemple parlant : certains mouvements remettent en question les droits de l’homme issus des lumières. Ils les considèrent comme un « concept creux » qui met l’individu seul face à l’Etat et réfléchissent à des alternatives comme les droits collectifs : les groupes sociaux avec leur hiérarchie propre – corps de métiers, villes, familles – négocient auprès des autorités supérieures les droits de ses membres et défendent ces derniers avec la force du groupe. Ils reprennent les réflexions de penseurs et de philosophes oubliés du XX eme siècle qui ont remis en cause la démocratie « bourgeoise » comme Proudhon, Kropotkine ou Marx, ressortent des documents historiques controversés sur lesquels ils s’appuient parfois pour penser l’impensable.

De même qu’une université du Kent[3] aurait très récemment démontré que les personnes catégorisées comme « conspirationnistes » seraient « plus saines que ceux qui acceptent les versions officielles des événements » pour leur esprit critique plus développé, les éternels subversifs de l’« extrême droite » pourraient apporter, dans une certaine mesure, du grain à moudre au débat des idées. En effet, les questions qu’ils se posent sont très hétérogènes. A titre d’exemples : comment consommer pour court-circuiter les circuits de grande distribution ? Faut-il vacciner ses enfants ? Comment survivre en cas d’effondrement économique ? Comment éviter la guerre civile ? Quel avenir politique « out of the box » est-il possible? Démocratie directe ? Tirage au sort des députés? Restauration ? Instauration ? 6eme république ? Non-remboursement de la dette comme en Islande ? Réintroduction d’un système d’étalon Or ? Alliance avec la Russie ?

Quoi qu’on pense de ces écoles de pensées choc qui usent et abusent de leur liberté d’expression, on pourrait voir la « maladie des extrêmes » comme une fièvre qui instaure des conditions difficiles mais qui permettrait aux anticorps de débarrasser le corps politique de l’autocensure et du politiquement correct qui risquent de causer sa mort cérébrale.

Dans le monde de l’entreprise où l’évolution est indispensable à la survie économique, on observe que les géants qui sont forcément moins innovants et adaptables soignent les « startups ». Ils les financent, les encouragent, les rachètent ou copient leurs systèmes décisionnels pour être toujours à la pointe. Certaines entreprises permettent même à des employés de former et de financer leurs projets d’entrepreneuriat tout en restant salariés. Peut-être que les géants de la politiques devraient interagir beaucoup plus avec les associations et les groupuscules politiques aux pensées divergentes. Les partis devraient plus se mettre en danger en lançant de nouveaux projets et en intégrant des petits groupes politiques comme cellules pour les mener à bien. Les partis pourraient financer de la recherche politique, des groupes de pensée qui n’auraient pas pour but de formater et de convaincre plus de monde, mais de fabriquer de la pensée neuve.

Enfin, il n’y a pas une seule « extrême droite » il existe une nuée de courants contestataires qui se construisent en opposition au « système » avec des écoles de pensées multiples qui se confondent parfois avec l’extrême gauche dans leurs questionnements. Si l’on peut tirer quelque chose de ces mouvements, c’est probablement dans l’écoute mutuelle et la remise en question plutôt que dans la marginalisation.

[1] www.causeur.fr/mariage-gay-edwy-plenel-27656.html

[2]www.actionfrancaise.net/craf/?Manifeste

[3] Etude du 8 juillet par les psychologues Michael J. Wood et Karen M. Douglas de l’Université de Kent (Royaume-Uni). Intitulée « What about Building 7? A social psychological study of online discussion of 9/11 conspiracy theories »

Hacker la démocratie sur internet avec l’astroturfing

L’Astroturfing est une technique consistant en la simulation d’un mouvement spontané ou populaire à des fins d’ordre politique ou économique pour fabriquer l’opinion. Elle consiste à donner l’impression d’un sentiment majoritaire pour justifier une prise de position.

L’astroturfing joue sur un certain nombre de ressorts psychologiques, notamment le pouvoir du conformisme et de la pression sociale démontré par l’expérience de Asch[1] et conceptualisé dans « L’effet Bandwagon »[2]. Cet effet, également appelé « effet de mode » regroupe le comportement « moutons de panurge » ainsi que le fait que les esprits indécis finissent par prendre tardivement leur décision en imitant ce que pense ou fait la majorité.

En pratique, l’astroturfing s’effectue en influant le cours de l’information sur l’internet participatif : manipulation de sondages, flood, troll dans les commentaires et sur les réseaux sociaux. Certains vont même jusqu’à mettre en place en place des robots. C’est le cas des jeunes de l’UMP avec l’outil Twitpop[3] mis en place en 2011 qui permet aux fanboys du parti de lui donner les pleins pouvoirs sur leur compte Twitter. Grace à cet outils, tous les comptes zombies retweetteront de façon automatisée les tweets écrits par les « Jeunes pop ». Toujours à l’avant-garde du progrès, l’équipe de campagne de François Hollande à très rapidement fait de copier l’Union des Moutons de Panurge pour mettre en place son propre système de spam avec le compte toushollande.fr .

Heureusement l’élite de la république ne semble pas encore avoir eu l’inspiration des Sud-coréens qui auraient mis en place en 2012 une campagne de diffamation industrielle automatisée ayant engendré près de vingt-quatre millions de tweets pour écarter un candidat. Enfin, ne parlons pas trop vite c’est peut-être déjà prévu pour 2017.

En marketing, la technique est également utilisée, quoi de plus facile pour écraser la visibilité du concurrent ? Ainsi quelques affaires de grande ampleur ont éclaté dans la téléphonie avec l’attaque de Samsung sur HTC. En France, des affaires de « faux contributeurs » ont été mises à jour sur Médiapart, le Figaro, les Echos, le Huffington Post et Economie Matin. Des agences de communication ou des startups ambitieuses ayant créé des personnages ou des journalistes de toutes pièces avec compte Facebook, profil Linkedin et CV fictif ont été épinglés par les internautes.[4]

Certains considèrent l’astroturfing comme légitime dans la manière ou, à l’image de la fable de La Fontaine, c’est dans la nature de toutes grenouilles d’essayer de se faire aussi grosse que le Bœuf. Mais la morale de cette fable-là, c’est que sur Internet comme partout ailleurs, la démocratie n’existe pas.

pour plus d’informations:

http://tendactu.fr/les-coulisses-du-web/2551/
http://bdc.aege.fr/public/Astroturfing_Enjeux_pratiques_et_detection.pdf

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Asch
[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_de_mode
[3] http://leplus.nouvelobs.com/contribution/189829-les-jeunes-de-l-ump-et-twitter-ou-les-moutons-2-0.html
[4] http://vigie-astroturf.blogspot.fr/

Politique : une menace citoyenne nécessaire

La menace des citoyens envers les Hommes politiques est une nécessité. Face à l’impunité des politiques, ou de tous autres décideurs, il est absolument nécessaire pour l’ensemble des citoyens de conserver un levier de pression efficace à l’encontre d’activités ou comportements qui n’ont pas lieu d’exister. Les faits suivants qualifiés, à juste titres d’« affaires » par les médias, comme les manquements de Thomas Thévenoud, le langage très maladroit d’Emmanuel Macron, ainsi que le retour en politique de Nicolas Sarkozy démontrent que ces privilégiés se croient au-dessus des lois et, plus grave encore, ils ne craignent pas les réactions des citoyens qui les placent dans les instances de décisions. La réalité est celle-ci, les élites politiques – sans oublier les élites financières, économiques, et même médiatiques – n’ont pas peur de nous. Ne serait-il pas temps de créer la perception d’une réelle menace des citoyens par ces personnages politiques qui sont au service du bien commun? Il est absolument nécessaire de faire ressentir aux politiques la menace que nous devons exercer sur eux.

Nous pourrions proposer un concept de realthreat citoyenne. Ce concept serait caractérisé par la peur des réactions, violentes ou non, des citoyens face à des propos, des pratiques, des mensonges, des délits, commis par des décideurs politiques, qui ne seraient pas acceptables par leurs caractères illégaux, diffamatoires, injurieux, blessants et/ou mensongers. Si ces personnes avaient réellement peur de nos réactions, jamais elles n’oseraient agir de manières abusives, mensongères ou blessantes. Les possibles menaces des citoyens, leurs réactions et les conséquences possibles sur les personnes politiques leur réputation et/ou leurs activités seraient un élément qui constituerait une barrière à toutes postures inconcevables adoptées par les élites.

Prise de conscience

Les peuples doivent comprendre qu’ils sont leur propre maître. La prise de conscience de leur pouvoir doit s’opérer de manière plus large et assumée. Une citation tirée du film de James McTeigue, V for Vendetta (2005), raisonne particulièrement aujourd’hui : « Les peuples ne devraient pas avoir peur de leur gouvernement. Les gouvernements devraient avoir peur de leurs peuples ». Ce qui nous scandalise doit nous faire réagir contre des élites dont le sentiment d’impunité s’affiche outrageusement. La vision critique du peuple se doit de rentrer efficacement dans le débat démocratique de nos représentants. Mais la prise de conscience doit être double. Les femmes et les hommes doivent s’emparer de ce pouvoir politique qu’est la menace de l’opinion pour faire réagir les politiques. Cela dans une perspective positive pour contrôler leurs actions et faire comprendre à ces figures publiques que leur priorité n’est pas de se faire réélire mais de servir la nation, le bien commun. La deuxième prise de conscience concerne les mandataires du vote citoyen. Les politiques doivent sentir la menace que nous pouvons incarner face à des choix ou des propos impensables. Donnons quelques exemples concrets et récents : oser ne pas payer ses impôts et s’en justifier honteusement (Thomas Thévenoud député et ancien secrétaire d’Etat), qualifier d’« illettrés » des travailleurs (Emmanuel Macron ministre de l’Economie de l’Industrie et du Numérique), faire son retour en politique pour simplement reconquérir un pouvoir perdu (Nicolas Sarkozy ancien président de la République). Il est grave et insupportable de voir et d’entendre que des décideurs publics ne considèrent absolument pas les personnes qui leur apportent une légitimité politique. Encore pire, ils ne respectent pas les règles dont nous, soi-disant simples citoyens, nous devons nous acquitter. Il est donc essentiel de rétablir un rapport de force en faveur des peuples face à leurs gouvernements.

Menacer pour être visible et crédible

Menacer c’est se donner un pouvoir, une visibilité et montrer ses possibilités d’agir. Il est assez consternant de voir comment nous traite des hommes politiques. Affaires après affaires, des Hommes compromis osent se justifier et ou assumer des fautes graves devant des citoyens qui les ont élus. Il est donc temps de s’approprier la définition du président américain Abraham Lincoln de la démocratie : « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Ces mots simples doivent refléter la force et la menace potentielle que sont les électeurs et l’ensemble des citoyens. La constitution de collectifs proposant des pétitions citoyennes va dans ce sens. C’est une façon de proposer des alternatives, des changements ou de lutter. Mais l’élément le plus important dans ces pétitions c’est la mobilisation des personnes. Elles peuvent se sentir engagées, participantes et unies dans un projet commun. C’est la force d’une plateforme comme Avaaz. Cette organisation de cybermilitantisme compte 30 millions de membres dans 194 pays. Elle compte déjà quelques victoires, comme la mobilisation contre le magnat de la presse Rupert Murdoch en 2011. En étant perçu comme menaçant nous gagnerons en crédibilité.

Définir des perspectives constructives

Le recours à la menace semble parfois nécessaire. Mais quel est l’enjeu derrière cette pratique que certains vont critiquer ou ignorer? C’est tout simplement le fait de ne plus croire en la politique. Le risque c’est de voir se détruire toutes traces de débats, de cohésion et de mixité sociale, de rester dans l’entre soi face à l’abandon d’une conscience collective qui aurait déserté le champ politique. En laissant la classe politique tranquille, sans aucune crainte du peuple, nous avons contribué à créer leur microcosme politique. Ne commettons pas l’erreur de continuer à alimenter ce réflexe facile et destructeur dans nos sociétés. Elles qui sont riches de toutes différences et débats d’idées. Le recours à la menace doit donc s’opérer dans une optique de construction, d’amélioration des situations et non de destruction. La menace citoyenne doit être un outil et un levier. Il ne s’agit pas d’élaborer un mécanisme de représailles violentes et destructrices, mais de prévenir les idées, les comportements d’Hommes politiques qui sont inconcevables. Cette peur que nous pouvons installer dans leurs rangs pourra ne plus être nécessaire si la situation venait à évoluer dans le bon sens. Néanmoins, il n’est pas certain que cette situation arrive incessamment sous peu…

Joseph Mathivet

Récit d’une nouvelle politique européenne de gauche

Vendredi 25 juin 2014, à l’occasion du sommet européen de Bruxelles, la gauche européenne a proposé un éventail de cinq grandes thématiques pour relancer l’Europe. Le texte, que le journal Le Monde a pu se procurer, propose les grandes lignes d’un renouveau tant économique que politique. Pas sûr de que la femme la plus puissante du monde soit de cet avis.

S’appuyant sur les conseils du président du conseil italien, Mateo Renzi -qui a le vent en poupe ces derniers temps-, mais également avec le SPD allemand, François Hollande va présenter lors du sommet européen les grandes lignes d’un projet qui pourrait modifier considérablement la dynamique européenne en vogue depuis l’Acte Unique de 1986 ou encore le traité de Maastricht de 1992.

Voici les cinq points du projet européen de François Hollande :

Une politique économique orientée vers la croissance.

Fini les interminables plans de relance ou de restructuration, il est aujourd’hui nécessaire de laisser respirer un petit peu les économies fragiles des pays du sud. L’exemple grec est à ce titre frappant, si bien que le Fond Monétaire International a déclaré en 2013 que le premier plan de restructuration de la dette -qu’elle a elle-même conçu- n’avait pas obtenu les résultats escomptés.

La lutte contre le chômage des jeunes.

Dans la lignée du point précédent, le président français entend miser sur les jeunes et leur permettre d’avoir un accès à la formation plus sécurisé et plus de garanties lors de leur entrée sur le marché du travail. Cet argument est doublé du timide mais probable reverdissement de l’économie européenne offrirait un contexte plus attrayant pour les jeunes diplômés. L’idée est assez proche de la promesse présidentielle du candidat Hollande.

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Une politique européenne de l’énergie.

Alors que l’Allemagne a abandonné le nucléaire, suite à la catastrophe de Fukushima, pour intensifier le développement des énergies renouvelables mais également la production du charbon ; que la France refuse d’abandonner le nucléaire et que la question du gaz de schiste se fait de plus en plus pressante, la question de la mutualisation des techniques et financement est aujourd’hui indispensable pour répondre aux défis que propose le changement climatique, dans le contexte du sommet international sur le climat de Paris, prévu pour octobre 2015.

La maîtrise des flux migratoires.

L’idée ici serait de réformer deux grand ensembles, l’espace Shengen et FrontEx, pour maîtriser les flux de migrant légaux et illégaux. L’entreprise est certes noble et louable, mais elle n’a aucune chance d’aboutir, à moins de redonner un fort pouvoir aux services douaniers et limiter la liberté de circulation des personnes, l’une des quatre grandes libertés consacrées par l’Acte Unique de Jacques Delors de 1986. A la lumière de la construction européenne, limiter la libre circulation des personnes est impensable, maîtriser les flux est impossible.

Un choc de simplification des institutions.

L’Europe doit redevenir cette espace dédié à la défense des droits européens tout en redéfinissant les grandes lignes du projet (un volet social ?). Redonner l’envie d’Europe aux européens est la plus grandes des nécessités, au regard des résultats des élections européennes, doublé par un contexte de crise économique.
Les idées ne sont peut-être pas novatrices, mais elles ont le mérite d’aller dans le bon sens. L’Union Européenne a besoin d’une alternative socialiste, tout en comblant son besoin de se réinventer depuis les années 1980.

Pas évident qu’Angela l’entende de cette façon…

Les émissions politiques : paillettes et démocratie

La fin de l’année a été l’occasion pour François Hollande de se livrer au traditionnel exercice des vœux présidentiels télévisés initiés par de Gaulle en son temps. Cependant, si voir « le Général » palabrer à la télévision était un spectacle que personne ne voulait rater, l’audience en baisse des vœux de Nouvel An du Président de la République, suivis cette année par 10 millions de spectateurs, semblent consacrer le déclin d’une certaine forme de communication. Comment faire passer un message politique dans le monde de Sébastien Cauet ?

Vœux du 31 décembre 2013 de François Hollande
Vœux du 31 décembre 2013 de François Hollande

 

De « l’âge d’or » au déclin

A la télévision, l’émission politique est une mission de service public. Pourtant, tous les journalistes le savent, si elle apporte beaucoup de prestige au chanceux qui la présente, ce type de programme ne récupère que peu d’audience. En effet, les français désertent de plus en plus les chaînes à l’heure de ces émissions et, à titre d’exemple, les apparitions du président Hollande récoltent généralement de maigres audiences de 30 à 40%. L’analyse d’Alain Duhamel semble donc se confirmer : « à la télévision, la politique se trouve désormais au purgatoire et il n’est pas exclu qu’elle descende aux enfers ».
En matière de télévision, les hommes de gouvernement ont très tôt su apprécier l’utilité des émissions politiques. En dehors des exemples, ressassés à l’envie dans les amphis de Science Po ou de l’ESJ, des fameux débats présidentiels de Kennedy ou Mitterrand, on peut également citer la mainmise du général de Gaulle sur la télévision française des années soixante et ses interviews policés avec un Michel Droit dont l’allégeance était connue.
Avec Giscard d’Estaing apparait réellement l’émission politique télévisée dans sa forme classique, avec différents partis réunis sur un même plateau ; c’est l’époque que certains nostalgiques nomment « l’âge d’or » et rappellent de leurs vœux. Cette époque prend fin au début des années 90 avec l’apparition d’émissions plus orientées vers le grand public.
On perçoit dans ce changement l’éternel dilemme des journalistes politiques, tiraillés entre leur souhait de se voir en « décodeurs de la réalité » assumant une « fonction éducative » (Rémy Rieffel) et l’envie qu’on reconnaisse leur niveau d’expertise par des débats d’une haute technicité.

Divertissements et débats

Ainsi, alors que les émissions politiques disparaissent les unes après les autres à partir du début des années 1990 jusqu’à maintenant, la parole politique, cherchant une nouvelle caisse de résonnance, s’adapte et se déplace d’un plateau de télévision à un autre, celui des émissions de divertissement, contribuant ainsi à une « désacralisation » de l’homme politique qui devient un amuseur parmi d’autres (on se souvient, par exemple, des shows Patrick Sébastien/Jack Lang). Les chaînes de télévisions pensent ainsi avoir trouvé un compromis entre leur mission de service publique et la loi commerciale de la course à l’audience.

Les présentateurs d’émissions de variété comme Michel Drucker prennent ainsi une plus grande importance, bien qu’ils soient toujours considérés de haut par la classe des journalistes politiques qui diminue comme peau de chagrin. Une « feuilletonisation » de l’information se met en place : on recherche la petite phrase qui créera la polémique ; les hommes politiques se plaisent à ce jeu, suivant ainsi le conseil de Leon Zitrone « qu’on parle de moi en bien ou mal, peu m’importe. L’essentiel c’est qu’on parle de moi » !

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Il en résulte un problème de dialogue entre électeurs et élus.L’avènement d’Internet, et notamment des réseaux sociaux, ainsi que la multiplication de l’offre télévisée a multiplié la vitesse de l’information et la capacité du public à s’informer sur des sources toujours plus nombreuses et variées. Les français sont donc plus proches de l’information qu’avant. Partant de cette nouvelle donne, une nouvelle stratégie, apparue dès 2001, consiste alors à coller une courte émission politique juste après le journal télévisé et a en « accélérer le contenu » par des duplex et des reportages. L’émission politique rentre ainsi de plain-pied dans le règne de l’immédiateté avec son incessant renouvellement de thèmes. Le public en revanche disparaît des émissions politiques ou se trouve réduit à la portion congrue afin de ne pas en perturber le rythme.

***

Afin de se sortir de l’impasse du « divertissement politique », le téléspectateur assiste peu à peu à une réappropriation de l’émission politique classique par les journalistes, à savoir un dialogue journaliste/politicien dont le rythme est cependant plus soutenu qu’auparavant du fait la rapidité de circulation de l’information. Même les émissions à vocation de divertissement ont subi cette influence et se sont vus forcées à gagner en sérieux dans leur rapport avec les politiciens. L’émission politique parvient donc aujourd’hui à retrouver une seconde jeunesse au travers du talk-show de type « sociétal ». Devant cette évolution, on comprend donc le peu de succès de la traditionnelle allocution présidentielle de fin d’année, dont le public ne découvre le contenu que par les polémiques et débats qu’il suscite après coup sur les plateaux d’Olivier Mazerolle ou Maïtena Biraben.

Raphaël B.

La lol politique, c'est sur tumblr !

La politique n’est plus quelque chose de sérieux. La faute aux politiques eux-mêmes qui se comportent comme des bouffons. Un nom : Jean-François Copé. Bitch, please ! Comment garder son sérieux ? Mieux vaut en rire qu’en pleurer, n’est-ce pas ? La politique est donc très LOL en ce moment. Les internautes s’en donnent à cœur joie pour détourner des images. On se souvient des détournements de l’affiche de campagne de Nicolas, « la France Forte » ou du mème FNUMP de Claude Guéant. Le jeu continue sur des blogs souvent hébergés sur la plateforme tumblr. En voici une petite sélection.

L’actualité politique parodiée au jour le jour

Voici quatre exemples de tumblrs encore en activité qui commentent et détournent l’actualité politique… C’est vrai, le tumblr sur Jacques Chirac ne fait pas dans l’actualité mais il mérite d’être cité.

Fuck Yeah François Hollande : ou comment suivre le quinquennat de François Hollande. Le tumblr normal ?

 

Tumblr : Fuck Yeah François Hollande.

Lolitic : « la politique au service du lol », soit des détournements photographiques des personnalités politique de tous les partis : Martine Aubry, Jean-François Copé, NKM, Jean-Luc Mélenchon ou Bernard Kouchner (mais si… Kouchner… le porteur de sac de riz, souvenez-vous !). Spécificité : le détournement de personnalités étrangères comme Hillary Clinton ou Angela Merkel. C’est l’internationale…

Mème politique : des détournements de photos de Jean-François Copé dans la piscine de Takieddine, des tribulations sexuelles de Dominique Strauss-Khan, des jeunesses sarkozystes, des yeux rouges de Nicolas Dupont-Aignan, le côté hipster de Philippe Poutou et même les rébus grossiers de Mathieu Kassovitz sur Twitter. Un humour fin qui tâche comme du Bourgogne.

 

Tumblr : mème politique.

Fuck Yeah Jacques Chirac : une collection de photos cool ou insolites de Jacques Chirac, l’homme qui volait aux contribuables pour s’enrichir et boire des Coronas en matant des chefs-d’œuvre comme « Rock » de Michael Bay ou « Piège en haute mer » avec Steven Seagal et la « Baywatch » (et non biatch) Erika Eleniak. Bref, du gros pimping comme on l’aime.

Les tumblrs : archives du temps passé

D’autres tumblrs ont marqué la toile lors de la campagne électorale mais ne sont plus mis à jour. Ce sont maintenant des témoins d’événements précis : ici, le discours de Nicolas Sarkozy le 1er mai, le soir du débat télévisé entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, et enfin, le 6 mai, soir de désarroi pour les militantes UMP trop jeunes pour voter mais en âge de pleurer.

 

Tumblr : le débat.

Trollcadero : des parodies du discours de Nicolas Sarkozy, prononcé le 1er mai au Trocadero devant une foule en délire de 200.000 personnes. Un tumblr qui n’a pas été créé par un militant UMP, c’est sûr ! LOL ^_^

Le débat : une parodie du débat au sommet entre Nicolas Sarkozy et François, animé par Laurence Ferrari (l’ex trop belle de Nico !) et David Pujadas (3 cm plus petit que Nico !). Du gros n’importe quoi (WTF) qui fait parfois cracher du coca-cola sur l’écran de son ordinateur du boulot !

Larmes de crocodiles de droite : un même reprenant une militante UMP en pleurs dont l’amie fielleuse traitait François Hollande d' »enculé », le tout devant les caméras de France Télévision. La grande classe ! Une séquence vidéo qui a vite fait le buzz, forçant la jeune fille en question (la vulgaire, pas la pleureuse) à fermer son compte Twitter. Depuis, ses parents l’ont mise en pension en Suisse. Une punition trop swag !

 

Tumblr : les larmes de crocodiles.

Fleur Pellerin, la ministre numérique

Fleur Pellerin est une des révélations politiques de la campagne électorale présidentielle 2012, au cours de laquelle elle est fut responsable du pôle Société et Économie numérique. Âgée de 38 ans, elle est aujourd’hui ministre déléguée chargée des PME, de l’Innovation et de l’Économie numérique.

fleur pellerin

De l’ESSEC à l’Hadopi

Membre du bureau du Club XXIe Siècle, qui promeut la diversité comme un atout auprès des décideurs politiques et économiques, Fleur Pellerin est diplômée de l’ESSEC, de l’Institut d’études politiques de Paris et de l’ENA. Elle fut conseillère référendaire à la Cour des comptes où elle entra en 2003, parallèlement à son activité d’auditeur externe à l’ONU, et fut nommée en 2007 rapporteuse de la commission de déontologie de la fonction publique.

Le 20 mai, dans Soir 3, Fleur Pellerin a annoncé un de ses dossiers prioritaires : la révision (mais pas la suppression) de la loi Hadopi, un sujet polémique qui enflamme souvent les internautes : « Il y aura une concertation qui impliquera tous les acteurs de la filière et les consommateurs […] La concertation sera lancée avant l’été […] Au terme de cette concertation, on avisera sur l’avenir d’Hadopi […] Je pense que cela prendra moins de six mois ». Au cours de la campagne électorale, elle avait affirmé : « notre logique en matière culturelle n’est pas la répression mais un meilleur accès et une liberté d’esprit. Il faut donc trouver le meilleur moyen pour que, pendant le temps de cette concertation, les internautes ne soient pas cloués au pilori pour servir d’exemple ».

Pour l’anecdote, depuis sa nomination de ministre déléguée, Fleur Pellerin est devenue la fierté de la Corée du Sud. En effet, Fleur, qui a grandi à Montreuil en Seine-Saint-Denis, est née au pays du matin calme, avant d’être abandonnée dans une rue de Séoul, puis d’être adoptée par une famille française à l’âge de 6 mois. Son prénom coréen, Jong-suk, signifie « femme parfaite » ! Cependant, Fleur Pellerin n’est encore jamais retournée en Corée.

On peut la suivre sur Twitter.