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Hacker la démocratie sur internet avec l’astroturfing

L’Astroturfing est une technique consistant en la simulation d’un mouvement spontané ou populaire à des fins d’ordre politique ou économique pour fabriquer l’opinion. Elle consiste à donner l’impression d’un sentiment majoritaire pour justifier une prise de position.

L’astroturfing joue sur un certain nombre de ressorts psychologiques, notamment le pouvoir du conformisme et de la pression sociale démontré par l’expérience de Asch[1] et conceptualisé dans « L’effet Bandwagon »[2]. Cet effet, également appelé « effet de mode » regroupe le comportement « moutons de panurge » ainsi que le fait que les esprits indécis finissent par prendre tardivement leur décision en imitant ce que pense ou fait la majorité.

En pratique, l’astroturfing s’effectue en influant le cours de l’information sur l’internet participatif : manipulation de sondages, flood, troll dans les commentaires et sur les réseaux sociaux. Certains vont même jusqu’à mettre en place en place des robots. C’est le cas des jeunes de l’UMP avec l’outil Twitpop[3] mis en place en 2011 qui permet aux fanboys du parti de lui donner les pleins pouvoirs sur leur compte Twitter. Grace à cet outils, tous les comptes zombies retweetteront de façon automatisée les tweets écrits par les « Jeunes pop ». Toujours à l’avant-garde du progrès, l’équipe de campagne de François Hollande à très rapidement fait de copier l’Union des Moutons de Panurge pour mettre en place son propre système de spam avec le compte toushollande.fr .

Heureusement l’élite de la république ne semble pas encore avoir eu l’inspiration des Sud-coréens qui auraient mis en place en 2012 une campagne de diffamation industrielle automatisée ayant engendré près de vingt-quatre millions de tweets pour écarter un candidat. Enfin, ne parlons pas trop vite c’est peut-être déjà prévu pour 2017.

En marketing, la technique est également utilisée, quoi de plus facile pour écraser la visibilité du concurrent ? Ainsi quelques affaires de grande ampleur ont éclaté dans la téléphonie avec l’attaque de Samsung sur HTC. En France, des affaires de « faux contributeurs » ont été mises à jour sur Médiapart, le Figaro, les Echos, le Huffington Post et Economie Matin. Des agences de communication ou des startups ambitieuses ayant créé des personnages ou des journalistes de toutes pièces avec compte Facebook, profil Linkedin et CV fictif ont été épinglés par les internautes.[4]

Certains considèrent l’astroturfing comme légitime dans la manière ou, à l’image de la fable de La Fontaine, c’est dans la nature de toutes grenouilles d’essayer de se faire aussi grosse que le Bœuf. Mais la morale de cette fable-là, c’est que sur Internet comme partout ailleurs, la démocratie n’existe pas.

pour plus d’informations:

http://tendactu.fr/les-coulisses-du-web/2551/
http://bdc.aege.fr/public/Astroturfing_Enjeux_pratiques_et_detection.pdf

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Asch
[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_de_mode
[3] http://leplus.nouvelobs.com/contribution/189829-les-jeunes-de-l-ump-et-twitter-ou-les-moutons-2-0.html
[4] http://vigie-astroturf.blogspot.fr/

Google Glass : un jouet pour geek.

Dans l’antre secret de Google, le Google X Lab, des dizaines de projets sont étudiés par des chercheurs. Parmi ces projets, les Google Glasses, autrement dit une sorte de paire de lunettes à réalité augmentée. Si vous les chaussez, une infinité de possibilités s’offrent à vous. Enfin c’est ce que nous promettait Google dans une vidéo publiée en avril 2012 sur la chaîne Youtube de Google. En voici un pastiche adapté à Monsieur/Madame Dupont (ou Dupond, au choix), jeune parisien-ne.

Photo d'une femme portant les Google Glasses
http://www.google.com/glass/start/how-to-get-one/

Imaginez : Vous vous réveillez un samedi matin comme les autres et enfilez votre paire de Google Glasses (à 1500$…). Aussitôt s’affichent devant vos yeux ébahis la météo de la journée : 28°C (on imagine que Google nous laissera utiliser cette unité locale) et grand soleil ! La journée commence bien. Votre Google agenda vous notifie que ce soir, à 20h, vous dinez avec Camille, objet de votre attention.

Pour vous occuper, et vous cultiver un peu, vous vous rendez dans ce célèbre magasin à Saint-Lazare qui vend des livres, CD, DVD ainsi que du matériel high-tech. Mais d’habitude, vous fréquentez plutôt la boutique aux Halles et n’avez aucune idée de l’endroit où trouver les livres (si tant est que cet objet vétuste existe encore…). Peu importe ! Vous pouvez vous adresser à vos lunettes et leur demander « où se trouve le rayon livres ? ». Immédiatement, un plan du magasin contenant les différentes aires s’affiche et une flèche serpentant entre les promontoires vous indique la route à suivre pour trouver les bouquins. C’est alors qu’un message de Dominique, votre BFF[1] vous propose d’aller faire un peu d’escalade dans l’après-midi. Vous choisissez de lui répondre et dictez votre message à vos lunettes qui envoient le tout à Dominique. Voilà, vous avez rendez-vous dans le sud de Paris pour une session de grimpe !

En approchant du métro, une nouvelle notification apparaît : la ligne 14 est en panne ! Impossible donc d’emprunter cette ligne pour rejoindre Châtelet. Tant pis, en deux temps trois mouvements (enfin… pas de mouvement) vous avez demandé à vos lunettes une navigation GPS pour rejoindre le RER B (car, oui, vous aimez marcher !). Sur le chemin, une affiche pour un concert qui vous intéresse à Bercy. Hop, vous pouvez demander à vos lunettes de vous rappeler, plus tard dans la journée, d’acheter des tickets. Plus loin, vous passez devant du street art particulièrement réussi ? En un mot, dites à vos lunettes d’en faire une photo et c’est dans la poche. Dans la foulée, profitez-en pour la partager avec vos cercles sur Google+ !

Vous voilà arrivé à Châtelet.

Après un long trajet en RER, vous avez envie d’une glace mais ne savez pas si vous aurez le temps d’aller en acheter une avant que Dominique arrive. Qu’à cela ne tienne, c’est une information de plus que vos lunettes peuvent vous communiquer ! Il suffit de demander et devant vous apparaît le message « Dominique partage sa position ». Sans vous la communiquer, vos lunettes vous annoncent : « Dominique est à 450m ». Alors tant pis, pas de glace. Vous retrouvez votre ami-e et vous apprêtez à attaquer les faces. Mais avant, bien sûr, vous prenez une petite seconde pour partager votre position en ajoutant « Viaduc des Fauvettes ».

Quelques heures plus tard, fatigué, vous réalisez que si vous voulez prendre une douche avant de rejoindre votre béguin Camille, ce qui serait plus charitable, vous allez être en retard, il faut le/la prévenir. Alors, dans un élan romantique, vous regrimpez une dernière fois cette voie et, arrivé-e en haut, demandez à vos lunettes de lui passer un coup de fil. Au téléphone vous lui proposez une surprise et c’est alors que vous partagez en direct ce que vous voyez : une vallée de verdure surmontée d’un coucher de soleil… « C’est magnifique ! » répond votre flirt. Je pense que c’est gagné pour vous ! (fondu de blanc, n’oubliez pas, c’est une vidéo publicitaire !).

Photo de ce que l'on verrait depuis les Google Glasses
http://www.nivenandjoshua.com/magazine/google-project-glass/

Alors ? Si ça ne donne pas envie, ça ? Vous pouvez consulter la vidéo originelle ici. Mais soyons sérieux, est-ce vraiment réaliste ?

Eh bien, plutôt oui ! Les écueils qui me sautent aux yeux sont les suivants :

  • Parler à ses lunettes. Cela semble encore compliqué quand on voit l’efficacité de la reconnaissance vocale actuelle. Néanmoins les vidéos parues récemment (j’y reviendrai plus loin) semblent très prometteuses ! Donc ma crainte de ce côté-ci est pour le moment apaisée. Il reste l’inconvénient que les lunettes sont pour le moment anglophones exclusivement… Pour les franco-français de la glotte, il va falloir attendre ou s’entraîner !
  • Le plan dans le magasin pour vous guider vers le produit que vous cherchez… Si la mise en place de ce système reste probablement simple, cela nécessite que les magasins fournissent leur plan interne à Google ce qui n’est pas dit. Bien sûr si vous habitez aux Etats-Unis à Washington ou même en France à Paris ou Toulouse, cela ne devrait pas poser trop de problèmes, mais si vous vivez en Hongrie ou au Tadjikistan ou simplement à Lannion en Bretagne, pas sûr que l’application soit bien fournie. Pour ce détail, j’imagine qu’on ne peut qu’attendre de voir.
  • Enfin, le partage d’informations (localisation de la personne qu’on va rejoindre, partage de la vidéo en live) nécessite que plusieurs utilisateurs possèdent aussi des Google Glasses or cela me semble peu compatible avec un produit à 1500$… Autour de moi, on prévoit une baisse rapide des prix, précisément dans le but de toucher un plus grand public. Néanmoins, les lunettes ne seront probablement pas pour les petits portefeuilles car même en abaissant le prix de vente à 700€ (prix d’un iPhone, ce qu’énormément de gens possèdent) les moins riches ne pourront pas se le permettre… Il semblerait quand même que ce prix annoncé ne soit que le prix des Google Glasses Explorer, c’est-à-dire la première version disponible. Le galop d’essai en quelque sorte. Les estimations prévoient le prix du vrai produit entre 600 et 1000€ (une sacrée fourchette !).

Depuis, Google a lancé une campagne d’essai, permettant à des  volontaires de s’inscrire pour tester les Google Glasses (inscriptions aujourd’hui fermées, ne cherchez pas à vous y inscrire !) et on peut voir fleurir, outre les nouvelles vidéos officielles de Google, les vidéos faites par les utilisateurs. Qu’est-ce qui a changé ? Et qu’est-ce que ça donne finalement ?

Les lunettes sont assez futuristes. Bonne nouvelle : la monture sans verre pèse 36g, soit moins lourd qu’une paire de lunettes standard !

Photo des différents coloris existants
http://www.google.com/glass/start/what-it-does/

Pour éviter les confusions, une phrase de déclenchement « OK Glass » indique à la paire de lunettes que vous vous adressez à elle. Il faut donc enchaîner cette séquence avec l’instruction. Par exemple « OK Glass. Take a picture » « (Ok Glass, prends une photo ». Comme je le disais plus haut, on ne peut pour le moment parler qu’en anglais).

Pour envoyer un message ou demander quelque chose, on le dicte aux lunettes et je reviens là sur ce que je disais à propos de la reconnaissance vocale. La vidéo de présentation nous montre une ballerine descendant les escaliers en tutu, prête à entrer en scène et la personne qui la suit – probablement une autre ballerine – qui dit (plus qu’elle ne « dicte ») la phrase « This is it, we’re on in two minutes ! » (c’est-à-dire, en substance « ça y est, ça commence dans deux minutes ! ») ce que ses Google Glasses écrivent sur le petit écran en haut à droit du champ de vision en simultané. Et non seulement, les lunettes ne font pas d’erreur mais en plus, le logiciel de reconnaissance vocale parvient à décomposer la contraction « we’re », signifiant « nous sommes » en « we are » qui en est la forme conventionnelle. Pour moi qui n’ai jamais pu tester de reconnaissance vocale payante (les seules vraiment efficaces à ce jour) c’est bluffant ! Les requêtes Google (« cherche-moi des photos de tête de tigre » demande un sculpteur sur glace) ou directement au téléphone (« mets-moi en liaison avec le club de vol » ordonne un pilote pour partager ce qu’il voit) semblent marcher parfaitement bien.

Evidemment ne soyons pas trop naïfs, je parle là de la vidéo commerciale de Google, il y a peut-être des tas de ratés mais ils ne sont pas assez bêtes pour nous les montrer.

J’ai donc cherché des vidéos moins… corporate. Et c’est ainsi que je trouve une vidéo dans laquelle les lunettes sont posées devant la caméra, pas de montage, pas d’incrustation de l’écran, cette fois, on voit exactement ce qu’un utilisateur verrait. Et la reconnaissance vocale est toujours aussi efficace ! Lorsque Rob Jackson, volontaire pour l’essai et auteur de la vidéo, demande des instructions pour se rendre à « Oriole Park at Camden Yards », les lunettes font certes une erreur et on voit apparaître à l’écran « Oreo Park at Camden Yards » mais Google Maps corrige seul et les bonnes instructions s’affichent. Quelques instant plus tard, lors de l’envoi d’un message, encore une fois, celui-ci s’affiche sans problème et les lunettes décomposent à nouveau une contraction grammaticale : non seulement elles comprennent bien ce qui leur est dicté, mais en plus elles sont capable de le restituer en « bon anglais » ! Ceci paraîtra peut-être ordinaire pour qui paie une licence sur un logiciel de reconnaissance vocale, mais pour quiconque a essayé de donner des instructions à son android pour avoir un itinéraire ou essayé de téléphoner à quelqu’un en passant par une interface vocale de type Siri, bref, un logiciel gratuit – c’est mon cas et j’ai passé du temps à galérer ! on a là une sacrée amélioration !

Une fois le message dicté, les lunettes laissent l’opportunité à l’utilisateur d’annuler l’envoi en utilisant la partie tactile des lunettes, à savoir le coté de la branche droite qui, selon les différentes sources (officielles provenant de Google, journalistes, volontaires) est très pratique. Cette zone tactile permet d’allumer les lunettes, de changer d’application, de faire défiler des photos, etc.

Le message envoyé, on entend très bien (grâce à un petit haut-parleur situé dans la branche droite des lunettes et la conduction à travers les os du crâne) une notification d’envoi. C’est grâce à ce même système que l’on peut téléphoner.

Car oui ! Les Google Glasses, communiquant par bluetooth avec votre smartphone, permettent aussi d’accéder aux contacts de ce dernier et de leur téléphoner. Si vos contacts n’ont pas de lunettes, vous verrez apparaître leur photo de contact, si la personne que vous appelez est, elle aussi, dotée de cette nouvelle technologie, alors vous avez la possibilité de partager en live le flux vidéo enregistré par la caméra intégrée (rappelez-vous le soleil couchant avec votre chéri-e).

On apprend aussi que la paire de lunettes sera dotée d’un objectif-appareil photo de 5 mega pixels et qui fait des films haute définition (720p). Une application vous permettra de prendre des photos sur un simple clignement d’œil (je vous épargne le jeu « en un clin d’œil »). L’application ferait même la différence entre un clignement inconscient et un clignement volontaire (plus lent) afin de ne pas prendre 25 000 photos dans la journée.

En ce qui concerne le look de ce gadget technologique, il est plébiscité par certains, critiqué par d’autres, mais Google a promis du changement et la possibilité de « clipser » différentes couleurs. En fait Google promet encore beaucoup d’améliorations et ces quelques fonctionnalités ne devraient être à terme qu’un petit bout de l’iceberg (qui comprendra notamment la reconnaissance faciale des personnes que vous croisez grâce à leur compte Google+ certainement). Et Google répond enfin à la question qui nous taraudait, tous, myope, astigmates et j’en passe : oui ! Les Google Glasses seront compatibles avec des lunettes de vue (en même temps avec la quantité de geek myopes comme des taupes qu’ils doivent avoir chez Google, ç’aurait été moche qu’ils n’y pensent pas…).

La distribution de ces lunettes est prévue pour 2014 ou, pour les plus pressés, en version « bêta » en 2013…

Un aperçu :

Photo du contenu de la boîte Google Glasses
http://www.generation-gpu.fr/actualite-Les-Google-Glass-deja-livrees-aux-premiers-acheteurs.,ac16858.htm

                Alors quid des Google Glasses ?

Beaucoup de vidéos parodiques et de critiques nous alertent déjà sur les déviances : l’air perdu de l’utilisateur quand il regarde son écran ne facilite pas le contact humain, l’utilisation des lunettes pour obtenir des informations sur votre interlocuteur/interlocutrice et se jouer de lui (lien vidéo), décrochage intempestif du téléphone dans une situation délicate (vous êtes sous la douche ou aux toilettes… Les lunettes vont bien sous la douche, oui) et Google se voit déjà interdire son produit au sein des casinos américains, des cinémas, de certains bars et lors de la conduite. Par ailleurs, l’industrie pornographique a, elle aussi, déjà compris l’intérêt du produit mais pour la première fois (et contrairement à la plateforme Google Play, le marché d’applications pour les smartphones Android) Google a décidé d’interdire les contenus pornographiques sur ses lunettes.

Certes, ces lunettes ressemblent fort à un deuxième smartphone hors de prix, certes, peut-être ressemblerons-nous à des robots, les yeux dans le vague au lieu de communiquer en chair et en os, certes, l’espèce humaine aura tôt fait d’utiliser la technologie à toutes sortes de fins et certes, les Google Glasses tiendront un peu du jouet pour geek. Mais diable ! J’en veux une paire !

Et vous ?

Charlotte Faure


[1] BFF : Best Friend Forever. Vocabulaire des ados américains signifiant « meilleur-e ami-e pour toujours ».

Google lance sa libraire numérique en France

Le géant du web a ouvert le 18 juillet une plateforme de lecture numérique française, permettant l’accès à une centaine de milliers d’ouvrages.

Un mois après l’Espagne et l’Allemagne, Google se lance dans la librairie numérique en France, avec Google Play, lancé le 18 juillet. Cette plateforme, qui diffusait déjà des films et des applications Androïd, propose à présent plus de 100 000 ouvrages français en ligne, suite à un accord conclu avec les principales maisons d’éditions françaises dont Hachette, Editis ou encore Gallimard.

Cette librairie en ligne est dans la continuité de la politique menée par Google depuis le lancement en 2010 aux Etats-Unis de son offre e-books, suivi du Royaume-Uni un an après. Une application spécifique pour iPad et iPhone sera également mise en place, permettant d’accéder à tout moment à sa bibliothèque Google Play. Les livres achetés sont également lisibles sur tous les PC, Smartphones et tablettes, une multitude de supports qui donne un avantage certain à Google face à Apple. Parmi les œuvres disponible : « Les Misérables » de Victor Hugo, « Gargantua » de Rabelais, ou « Sur la route » de Jack Kerouac.

Les prix sont similaires à ceux des librairies en ligne d’Amazon ou d’Apple. Mais certains livres sont étonnamment moins chers en version papier qu’en version numérique, à l’image de « La délicatesse », vendu à 6,49 euros sur Google play et 6,19 euros en format poche.

Nexus 7

En confiant à une société américaine la numérisation et le référencement des œuvres françaises, le lancement de Google Play soulève aussi des interrogations. Lors de la signature de l’accord entre le Syndicat national de l’édition et Google, le SNE avait alors indiqué : « cette annonce constitue une avancée favorable pour la mise au jour du patrimoine imprimé français sous droits et contribue à l'élargissement de l'offre de livres numériques. » Mais d’autres enjeux se posent, comme le risque de piratage et de copie accrue, ou les risques pour les droits d’auteurs des livres non édités.

Philipe Colombet, directeur de Google livres France, déclare : « Je me félicite qu'il y ait une politique volontariste des éditeurs français pour maximiser les canaux de distribution et suivre les projets d'offre numérique légale. »

Pour Google, l’enjeu est surtout, à travers cette librairie numérique, de présenter sa tablette Nexus 7, dont l’ambition est de concurrencer le Kindle Fire d’Amazon, et l’iPad d’Apple, en termes de consommation de contenus numériques.

Les Français préfèrent toujours les « vrais » livres

A l’heure de l’essor des tablettes, il semblerait que les Français restent toujours fidèles au format papier.

Une étude de l’institut Gfk révèle qu’au cours des douze derniers mois, 91 % des Français ont favorisé des « biens culturels physiques ». Parmi les 58 % de sondés qui ont fait l’acquisition de biens culturels dématérialisés, seulement 16 % se disent concernés par les livres numériques. Néanmoins, le même institut publiait en avril une étude selon laquelle les ventes de tablettes devraient doubler cette année en France.

Enfin, en termes de budget, le support papier l’emporte très largement sur le livre numérique (98 % contre 2 %).  Le livre semble ainsi mieux résister que les autres produits culturels à la dématérialisation. Le MOTif, l’observatoire du livre et de l’écrit en Île-de-France, ainsi que Sciences Po et Medialab viennent également de lancer une enquête pour mieux comprendre « les usagers de lecture et d’achat de livres numériques en France ».

E-book, un succès outre-Atlantique

En parallèle, la commission européenne, vient d’envoyer une mise en demeure à la France et au Luxembourg, leur enjoignant de remonter le taux de TVA appliqué aux livres numériques. La France applique depuis le 1er janvier 2012 une TVA de 7 % sur les livres numériques comme sur les livres papier au lieu de 19,6 %.

Aurélie Filipetti, ministre de la Culture et de la Communication, s’est également engagée à baisser à 5,5 % le taux de TVA sur le livre. Le Luxembourg est même allé plus loin en abaissant la taxe à 3 %.

Si la France privilégie toujours le format papier, les Etats-Unis ont définitivement adopté le livre numérique. Au quatrième trimestre 2011, le livre électronique a représenté, selon l'institut Bowker, 17 % des ventes des éditeurs américains qui, aux Etats-Unis, recouvrant la littérature générale, les documents et essais et les ouvrages pour la jeunesse, contre 5 % un an plus tôt. Une progression emblématique de la révolution que vit depuis quatre années l'édition américaine.

Crédit photo: Artois Bibliothèques

Demain, tous créateurs, tous artistes ?

« C’est précisément en période de crise qu’il faut donner la priorité à la culture. La culture ne doit pas être considérée comme un supplément d’âme, quelque chose que l’on ajoute au nécessaire. La culture c’est ce qui fait qu’un peuple développe un sentiment d’audace et d’anticipation de l’avenir » précise Claude Mollard co-auteur de l’ouvrage « Malraux, Lang et après » et invité du débat « Générations d’idées » organisé par Tendances Débat.

Mais qu’est- ce que la culture ?

Comme le dit si bien Alin Avila, directeur de la revue Area, « la culture c’est comme la prose de Monsieur Jourdain, on en parle sans trop savoir ce que c’est ». Prenons la définition anthropologique de la culture d’Edward Burnett Tylor : « ensemble de patterns (de pensée, de comportements, de sentiments, de croyances, de modes de production et de reproduction, etc.) socialement appris et globalement partagés, à un moment donné, par un groupe de personnes formant un peuple ou une société. »

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« Dans quel Etat est la culture » Générations d’Idées

C’est pourquoi distinguer création pure d’un côté et divertissement de l’autre n’est pas nécessairement pertinent. « La culture ce n’est pas juste de l’art, c’est aussi du divertissement. Vous pouvez lire Montaigne le matin et regarder Avatar le soir » insiste Frédéric Martel, auteur de « Mainstream » Une erreur aussi de parler de culture et de sous culture. La BD n’est pas perçue aujourd’hui comme il y a cinquante ans. De même pour les jeux vidéos, c’est comme les films, il peut y avoir un Stallone et un Kubrick. Enfin « plus on pratique la culture, plus on aime la culture, plus on va chercher de diversité culturelle » dixit Nicolas Gaume, directeur de Mimesis Republic. « Apres avoir lu Harry Potter, on se découvre un appétit à lire des œuvres plus classiques, des textes plus difficiles à aborder ».

Ainsi, il faut mélanger les deux. On peut développer une capacité critique dans les séries TV comme dans les œuvres les plus orthodoxes, ce n’est pas incompatible.

L’enjeu du numérique

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Bande-annonce du documentaire Presspauseplay

Avec le développement du numérique, les outils de création se sont démocratisés et la créativité est totalement exacerbée. La démocratisation de la technologie permet à un grand nombre de créer, par exemple de réaliser des vidéos et de les diffuser. La véritable question que pose le documentaire PressPausePlay est celle de l’artiste véritable noyé dans le flux. Comment émerger lorsque l’on a du talent dans un univers qui fonctionne uniquement en réseau et par le plébiscite ? Effectivement avec la désintermédiation que crée Internet, la question de la critique se pose.

Enfin, le goût du plus grand nombre est parfois trompeur. Il est toujours intéressant d’aller voir ce qui se passe un peu plus loin. Ce n’est pas pour rien que se développent avec les grands festivals des événements « off » en marge du goût officiel.

L’absence de débat et d’intellectuels

Yves Marek, co-auteur avec Claude Mollard de « Malraux, Lang et après » déplore le fait que qu’il n’y est plus de débat intellectuel en France concernant la culture. L’art contemporain dans les lieux publics ne sanctionne que les valeurs du marché. Il prend l’exemple de l’art plastique dans les années 50 et la querelle entre abstraction lyrique et abstraction géométrique. Or aujourd’hui il n’y a aucun débat vivant que la société s’approprie en art contemporain.

Dispersées et éclatées, les pratiques culturelles collectives laissent leur place à des pratiques culturelles individuelles et le champ du débat s’amenuise.

 

Fleur Pellerin, la ministre numérique

Fleur Pellerin est une des révélations politiques de la campagne électorale présidentielle 2012, au cours de laquelle elle est fut responsable du pôle Société et Économie numérique. Âgée de 38 ans, elle est aujourd’hui ministre déléguée chargée des PME, de l’Innovation et de l’Économie numérique.

fleur pellerin

De l’ESSEC à l’Hadopi

Membre du bureau du Club XXIe Siècle, qui promeut la diversité comme un atout auprès des décideurs politiques et économiques, Fleur Pellerin est diplômée de l’ESSEC, de l’Institut d’études politiques de Paris et de l’ENA. Elle fut conseillère référendaire à la Cour des comptes où elle entra en 2003, parallèlement à son activité d’auditeur externe à l’ONU, et fut nommée en 2007 rapporteuse de la commission de déontologie de la fonction publique.

Le 20 mai, dans Soir 3, Fleur Pellerin a annoncé un de ses dossiers prioritaires : la révision (mais pas la suppression) de la loi Hadopi, un sujet polémique qui enflamme souvent les internautes : « Il y aura une concertation qui impliquera tous les acteurs de la filière et les consommateurs […] La concertation sera lancée avant l’été […] Au terme de cette concertation, on avisera sur l’avenir d’Hadopi […] Je pense que cela prendra moins de six mois ». Au cours de la campagne électorale, elle avait affirmé : « notre logique en matière culturelle n’est pas la répression mais un meilleur accès et une liberté d’esprit. Il faut donc trouver le meilleur moyen pour que, pendant le temps de cette concertation, les internautes ne soient pas cloués au pilori pour servir d’exemple ».

Pour l’anecdote, depuis sa nomination de ministre déléguée, Fleur Pellerin est devenue la fierté de la Corée du Sud. En effet, Fleur, qui a grandi à Montreuil en Seine-Saint-Denis, est née au pays du matin calme, avant d’être abandonnée dans une rue de Séoul, puis d’être adoptée par une famille française à l’âge de 6 mois. Son prénom coréen, Jong-suk, signifie « femme parfaite » ! Cependant, Fleur Pellerin n’est encore jamais retournée en Corée.

On peut la suivre sur Twitter.