Archives par mot-clé : François Hollande

Les émissions politiques : paillettes et démocratie

La fin de l’année a été l’occasion pour François Hollande de se livrer au traditionnel exercice des vœux présidentiels télévisés initiés par de Gaulle en son temps. Cependant, si voir « le Général » palabrer à la télévision était un spectacle que personne ne voulait rater, l’audience en baisse des vœux de Nouvel An du Président de la République, suivis cette année par 10 millions de spectateurs, semblent consacrer le déclin d’une certaine forme de communication. Comment faire passer un message politique dans le monde de Sébastien Cauet ?

Vœux du 31 décembre 2013 de François Hollande
Vœux du 31 décembre 2013 de François Hollande

 

De « l’âge d’or » au déclin

A la télévision, l’émission politique est une mission de service public. Pourtant, tous les journalistes le savent, si elle apporte beaucoup de prestige au chanceux qui la présente, ce type de programme ne récupère que peu d’audience. En effet, les français désertent de plus en plus les chaînes à l’heure de ces émissions et, à titre d’exemple, les apparitions du président Hollande récoltent généralement de maigres audiences de 30 à 40%. L’analyse d’Alain Duhamel semble donc se confirmer : « à la télévision, la politique se trouve désormais au purgatoire et il n’est pas exclu qu’elle descende aux enfers ».
En matière de télévision, les hommes de gouvernement ont très tôt su apprécier l’utilité des émissions politiques. En dehors des exemples, ressassés à l’envie dans les amphis de Science Po ou de l’ESJ, des fameux débats présidentiels de Kennedy ou Mitterrand, on peut également citer la mainmise du général de Gaulle sur la télévision française des années soixante et ses interviews policés avec un Michel Droit dont l’allégeance était connue.
Avec Giscard d’Estaing apparait réellement l’émission politique télévisée dans sa forme classique, avec différents partis réunis sur un même plateau ; c’est l’époque que certains nostalgiques nomment « l’âge d’or » et rappellent de leurs vœux. Cette époque prend fin au début des années 90 avec l’apparition d’émissions plus orientées vers le grand public.
On perçoit dans ce changement l’éternel dilemme des journalistes politiques, tiraillés entre leur souhait de se voir en « décodeurs de la réalité » assumant une « fonction éducative » (Rémy Rieffel) et l’envie qu’on reconnaisse leur niveau d’expertise par des débats d’une haute technicité.

Divertissements et débats

Ainsi, alors que les émissions politiques disparaissent les unes après les autres à partir du début des années 1990 jusqu’à maintenant, la parole politique, cherchant une nouvelle caisse de résonnance, s’adapte et se déplace d’un plateau de télévision à un autre, celui des émissions de divertissement, contribuant ainsi à une « désacralisation » de l’homme politique qui devient un amuseur parmi d’autres (on se souvient, par exemple, des shows Patrick Sébastien/Jack Lang). Les chaînes de télévisions pensent ainsi avoir trouvé un compromis entre leur mission de service publique et la loi commerciale de la course à l’audience.

Les présentateurs d’émissions de variété comme Michel Drucker prennent ainsi une plus grande importance, bien qu’ils soient toujours considérés de haut par la classe des journalistes politiques qui diminue comme peau de chagrin. Une « feuilletonisation » de l’information se met en place : on recherche la petite phrase qui créera la polémique ; les hommes politiques se plaisent à ce jeu, suivant ainsi le conseil de Leon Zitrone « qu’on parle de moi en bien ou mal, peu m’importe. L’essentiel c’est qu’on parle de moi » !

1883108-2577759

Il en résulte un problème de dialogue entre électeurs et élus.L’avènement d’Internet, et notamment des réseaux sociaux, ainsi que la multiplication de l’offre télévisée a multiplié la vitesse de l’information et la capacité du public à s’informer sur des sources toujours plus nombreuses et variées. Les français sont donc plus proches de l’information qu’avant. Partant de cette nouvelle donne, une nouvelle stratégie, apparue dès 2001, consiste alors à coller une courte émission politique juste après le journal télévisé et a en « accélérer le contenu » par des duplex et des reportages. L’émission politique rentre ainsi de plain-pied dans le règne de l’immédiateté avec son incessant renouvellement de thèmes. Le public en revanche disparaît des émissions politiques ou se trouve réduit à la portion congrue afin de ne pas en perturber le rythme.

***

Afin de se sortir de l’impasse du « divertissement politique », le téléspectateur assiste peu à peu à une réappropriation de l’émission politique classique par les journalistes, à savoir un dialogue journaliste/politicien dont le rythme est cependant plus soutenu qu’auparavant du fait la rapidité de circulation de l’information. Même les émissions à vocation de divertissement ont subi cette influence et se sont vus forcées à gagner en sérieux dans leur rapport avec les politiciens. L’émission politique parvient donc aujourd’hui à retrouver une seconde jeunesse au travers du talk-show de type « sociétal ». Devant cette évolution, on comprend donc le peu de succès de la traditionnelle allocution présidentielle de fin d’année, dont le public ne découvre le contenu que par les polémiques et débats qu’il suscite après coup sur les plateaux d’Olivier Mazerolle ou Maïtena Biraben.

Raphaël B.

Hollande : Quelle photo pour quelle représentation du pouvoir ?

La photographie officielle de Président de la République est un élément central de la symbolique du pouvoir du « premier responsable national ». Immortalisant l’ascension d’un homme politique au poste de chef de l’État, cette photographie s’insère également dans la lignée de ses prédécesseurs. Entre perpétuation des traditions républicaines et innovations personnelles, les différents chefs d’États tentent d’imposer leur style.

François Hollande est, depuis le 6 mai 2012, le 7e Président de la République française. La passation de pouvoir effectuée, le Premier ministre nommé et le gouvernement constitué. Hormis l’organisation du scrutin des élections législatives permettant de former une majorité parlementaire, la grande inconnue du moment concerne la photographie officielle du Président Hollande. Sera-t-il dans la bibliothèque de l’Elysée, le regard sévère, le Grand collier de la légion d’Honneur reposant sur son torse tel Tupac et l’œil persan, scrutant au-delà de l’horizon ? Préféra-t-il substituer à cela une posture plus personnelle faite d’un décor moins conventionnel et une gamme de couleur innovante pour siéger, pendant cinq ans, sur tous les murs des collectivités locales et administrations de France ?

Quelles photo pour quel Président ?

Les portraits officiels des Présidents de la République sont une des expressions symbolique du pouvoir : c’est-à-dire la représentation que le sujet se fait du pouvoir politique, de la fonction de Président de la République et du rôle qu’il ambitionne de lui donner. C’est la transfiguration de la force politique en signes intelligibles. L’image que le Président fraichement élu veut mettre en avant s’inscrit dans une longue tradition de figuration politique. Voyons voir ce qui a été fait sous la cinquième.

Le portrait officiel de Charles de Gaulle (1959-1969) s’inscrit dans une représentation classique de la fonction de Président de la République où l’homme est éclipsé au profit du poste politique. En habits de cérémonie, de Gaulle pose debout, de trois-quarts devant la bibliothèque de l’Élysée. Sa gestuelle est également traditionnelle : la main droite posée sur des livres, les bras le long du corps, les oreilles légèrement recollées, une moue sérieuse et le regard oblique confèrent au portrait un aspect austère renforcé par le cadrage américain en légère contre-plongée accentuant l’impression de sacralisation du pouvoir.

Georges Pompidou (1969-1974), ce sale copieur, reprend, grosse modo, les mêmes standards que son prédécesseur : costume de lumière, Grand collier de la légion d’honneur sur les pecs, bibliothèque en fond, la même main droite posée sur la table, les livres en moins, et le regard sortant du cadre. L’aspect sérieux de la fonction de Président de la République est encore mis en avant. Quelques changements sont néanmoins notables : l’inclinaison du corps et de la tête de Pompidou sont inversées par rapport à de Gaulle, le veston est fermé. Hormis ces quelques signes distinctifs, son portrait s’inscrit dans la continuité des portraits officiels. Pompidou tente donc de s’inscrire dans la continuité de de Gaulle, de se présenter comme successeur du sempiternel sauver de la France. Pour un Président élu en 69, on aurait pu s’attendre à un peu plus funky.

Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981) est pour le coup bien novateur. Qui aurait-pu imaginer qu’un passionné d’accordéon laissant présager qu’il aurait eu un relation avec Lady Diana ait innové autant pour son portrait de Président de la République ?

Fini le costume républicain, exit le bureau de l’Élysée et ciao le regard de marin scrutant le retour du chalutier et le collier, aux clous, surement une conséquence de la crise pétrolière. VGE pose en plan poitrine, format paysage, devant un notre bon vieux drapeau tricolore, seule référence aux emblèmes nationaux. Valou est proche de nous, à niveau d’œil, il incarne le chef d’État proche de ses administrés et … il sourit ! L’homme est mis en avant, il prend le pas sur la fonction. Si ça ce n’est pas de la rupture !

La rupture vient également dans le choix du photographe. Alors que ses précurseurs avaient recours à des illustres inconnus, VGE a choisi Jacques-Henri Lartigue pour lui tirer le portrait, artiste de renom autant peintre que photographe.

François Mitterrand (1981-1995) revient dans la bibliothèque, repend un livre –Les Essais de Montaigne- et trouve un juste milieu entre la tradition de la photographie présidentielle et l’innovation personnelle. Le plan de taille fait son entrée et se conjugue avec un cadrage plus classique que son prédécesseur. Assis, souriant, François Mitterrand est en pleine lecture. Il semble, tel le grand père Werther original, suspendre son activité pour nous faire partager son savoir. La « force tranquille » est là bien représentée dans son rocking-chair, les charentaises hors cadre.

Tonton, comme Giscard, a choisi lui-même son photographe. Il opte pour Gisèle Freund, femme engagée et intellectuelle rodée dans les portraits. Une pratique commence à se créer et le choix d’un photographe commence à devenir aussi important que la posture à adopter et l’habit à revêtir.

Jacques Chirac (1995-2007) nous montre qu’il est le pro de l’alliance de la tradition et de l’innovation. Tout est là : on retrouve le cadrage américain de Charles de Gaulle et Georges Pompidou, mais on sort de la bibliothèque, comme Valéry Giscard d’Estain, pour le plein air…une première. Cette fois, on peut quand même voir l’Élysée en fond et le drapeau est présent mais discret. La prise de vue remet un peu de distance entre le Président de la République et le spectateur, en cela il y a une certaine rupture avec VGE et Tonton. Le ton des couleurs de la photographie change radicalement : le vert de la pelouse et le bleu du ciel contrastent avec les tons ocre de la photographie classique.

El Chi se distingue de ses aînés par une certaines flegme tout en s’y référant avec parcimonie. Cette fois, c’est la photographe de renom Bettina Rheims –plus connues pour ses photographies de transsexuelles- qui prévient Chirac que le petit oiseau va sortir.

Nicolas Sarkozy (2007-2012) tente de s’inscrire lui aussi dans le mouvement d’oscillation entre une certaine référence aux classiques de la représentation du Président de la République et l’imposition de son propre style. Côté classique, le Président revient dans la bibliothèque, il se remet de trois-quarts (plus comme Pompidou que comme de Gaulle) et adopte la bonne vielle pose rigide où sourire est proscrit. Côté innovation personnelle, le visage de président est tourné vers le spectateur comme Chirac et Giscard. Le cadrage est changé, au plan américain se substitue l’italien (Carlita devait être en backroom), une première : la place que l’homme occupe dans l’image est réduite et l’élément central de la photographie est le binôme composé des drapeaux français et européen.

On peut supposer que, par cette photographie, Nicolas Sarkozy recherchait un retour aux racines de le représentation de la fonction présidentielle. Néanmoins, on peut y voir quelques maladresses : le ton ocre des photos pré-giscardiennes est ici remplacé pour un chocolat et la lumière est concentrée sur le centre de l’image. Saturée en couleurs, l’image du Président est passée par la retouche numérique et lui confère cet aspect légèrement hollywoodien. Le choix du photographe n’y est pas pour rien et, là niveau innovation personne ne peut aller plus loin (et heureusement). Philippe Warrin s’y est collé, lui qui est le photographe de la Stac Académie et de Loft Story. On ne sait pas trop si c’est faute de mieux ou si c’est un service rendu ou, pire, si c’est un réel choix.

François Hollande (2012-) n’a pas encore de photographie officielle. On peut s’amuser à l’imaginer. Quels arbitrages seraient fait entre prolongation d’une tradition de figuration politique et mise en avant d’un homme singulier. Costume présidentiel ou pas ? Quel cadrage ? Quelle posture ? La bibliothèque sera-t-elle là ? Après le photographe de la télé réalité aurions-nous droit à celui attiré de Marc Dorcel ? Comment Françoué nous montrera-t-il qu’il est différent de tous ses prédécesseurs mais qu’il s’inscrit tout de même dans une certaine continuité républicaine ?

Et si DSK avait été élu, on imagine déjà la photo du Président !