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Vers une ingénierie de l’entraînement sportif

Dell lotus formula one telemetry
Crédit photo : Dell official page/Flickr (CC BY 2.0)

« Mesurer », « calculer », « analyser », « ajuster », un vocabulaire d’ingénieur course devant un écran télémétrique chez McLaren ? Pas seulement. Depuis quelques années déjà, le sportif et son entraîneur décortiquent les séances d’entraînement et les phases de compétition afin d’optimiser les performances. Certes, la médecine du sport s’intéresse depuis plus de 60 ans au rendement physiologique du corps humain : fameux test de Rufier-Dickson, bilans cardiaques, analyses de la motricité et de la gestuelle. Et peu de sportifs dignes de ce nom, même du dimanche, font l’impasse un jour ou l’autre, sur le cardio-fréquencemètre. Pourtant la marge de progression « scientifique » semble encore importante.

Sports d’endurance et cyclisme, une histoire de pourcentages

Les sports individuels ont rapidement pris en compte les avantages que pouvait apporter la technologie. Et pour cause, aucun coéquipier ou remplaçant sur un banc de touche n’est là pour suppléer à une baisse de forme. Passé l’épreuve du test d’effort, les « zones » d’entraînement sont connues et il devient assez aisé de travailler un point faible de sa condition physique. Par exemple, l’endurance, ou la capacité cardiaque, s’améliore en travaillant entre des seuils compris entre 70% et 90% de sa PMA, ou Puissance Maximale Anaérobie, le seuil où le corps consomme 100% de l’oxygène dans le sang (le carburant). La puissance se travaille par des séances « d’interval training » au-delà des 90% et améliore la VO2max (la capacité maximale de l’organisme à consommer l’oxygène dans le sang). Un plan d’entraînement bien mené en fonction des objectifs que l’on s’est assignés mêle donc les deux. Mais ne jouez pas à l’apprenti sorcier sans conseil médical : sur ou sous-entraînement assuré !

Pour l’anecdote, l’ancien entraîneur de Festina, Antoine Vayer, a évalué la VO2max d’Alberto Contador à 99,9ml/min/kg, lors de l’ascension du Verbier pendant le Tour de France 2009. Cela laisse songeur quand on sait que la moyenne est à 45 pour un homme normal…

Et la technologie dans tout ça ?

Depuis que Polar a lancé en 1982 le premier cardio-fréquencemètre sans fil, l’erreur n’est plus permise pour le sportif. En effet, on estime qu’un athlète sur deux sous-estime de 17 battements son pouls exact lorsqu’il l’évalue manuellement ! Depuis la fin des années 90, Il est possible l’importer sur ordinateur ses données enregistrées en course ou à l’entraînement – et l’on revient à la Formule 1 – pour ensuite les analyser et ajuster l’entraînement, voire préparer son entraînement d’une année sur l’autre. Bon, c’est plutôt l’entraîneur qui se coltine le travail, mais certains amateurs le font aussi.

Encore plus fort, les cyclistes utilisent depuis plus d’une dizaine d’année des capteurs (dans le moyeu arrière ou dans le pédalier) exprimant en watt la puissance développée par le sportif. SRM, le pionnier en la matière, est d’ailleurs le principal fournisseur des équipes pro. Le cycliste ne s’entraîne donc plus seulement en fonction de ses données cardiaques, mais en fonction de ses seuils de puissance, ce qui semble plus efficace. Ajoutez à cela les données GPS et le suiveur d’une course de vélo peut très bien évaluer le travail d’un cycliste pendant une montée de col.

SRM Powermeter FSA
Crédit photo : Grayskullduggery /Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)

Et la tendance se propage au sport amateur. Il est ainsi possible de télécharger des applications pour smartphones qui « traquent » vos déplacement et les corrèlent à votre rythme cardiaque, via une ceinture thoracique Polar. Pratique pour le sportif sur dimanche qui évalue sa forme sur son parcours test. Sportraker et Garmin proposent ce type de programme sur Androïd et iOS. Pour les plus consciencieux, des coachs indépendants proposent maintenant leurs services pour vous aider à lire les innombrables données – incompréhensibles par le commun des mortels – collectées par votre GPS, votre pulseur cardiaque et votre capteur de puissance. Par exemple, Scientific Coaching en Angleterre.

Les sports d’équipe : parents pauvres de l’analyse scientifique ?

Pas si sûr. David Casamichana, professeur et chercheur à l’Université du Pays Basque, vient de publier une thèse sur l’utilisation des données GPS dans l’amélioration des performances des sportifs. Selon lui, elles permettraient aux entraîneurs d’optimiser la composition d’une équipe de football, par exemple, en identifiant et analysant « les déplacements des joueurs de manière plus précise, plus fiable et donc plus efficace ». Les joueurs d’une équipe de football espagnole semi-professionnelle ont ainsi été équipés d’un dispositif GPS lors des entraînements et des matchs. Ceci a permis d’établir pour chaque joueur : la vitesse d’accélération, leur vitesse moyenne et maximum de course et la distance couverte sur un match. Conclusions : défenseurs centraux et avant-centres parcourent moins de distance qu’un milieu de terrain qui nécessite donc de bonnes capacités d’endurance. Je ne suis pas amateur de foot, mais il me semble que ces informations ne sont pas nouvelles… En revanche, le dispositif permet d’évaluer la condition physique du joueur, donc son éventuel remplacement. Autre atout, les tire-au-flanc sont tout de suite repérés !

Espérons cependant, que le talent d’un sportif ne se mesure pas seulement à l’aune de sa télémétrie embarquée ! Il me semble qu’un footballeur peut compenser, jusqu’à un certain point, un niveau physique moyen par un jeu de génie. En revanche, dans un sport d’endurance, le paramètre le plus anodin doit être analysé et optimisé pour espérer progresser à un certain niveau. Une qualification en F1 se joue au dixième, voire au millième de seconde, et c’est déjà le cas pour le 100 mètre. Alors que l’on commence à atteindre des paliers dans les records mondiaux en athlétisme par exemple, le gain de quelques millièmes se jouera sans doute lors des phases d’analyse technologiques. Avouons-le, c’est un peu triste, non ?