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Récit d’une nouvelle politique européenne de gauche

Vendredi 25 juin 2014, à l’occasion du sommet européen de Bruxelles, la gauche européenne a proposé un éventail de cinq grandes thématiques pour relancer l’Europe. Le texte, que le journal Le Monde a pu se procurer, propose les grandes lignes d’un renouveau tant économique que politique. Pas sûr de que la femme la plus puissante du monde soit de cet avis.

S’appuyant sur les conseils du président du conseil italien, Mateo Renzi -qui a le vent en poupe ces derniers temps-, mais également avec le SPD allemand, François Hollande va présenter lors du sommet européen les grandes lignes d’un projet qui pourrait modifier considérablement la dynamique européenne en vogue depuis l’Acte Unique de 1986 ou encore le traité de Maastricht de 1992.

Voici les cinq points du projet européen de François Hollande :

Une politique économique orientée vers la croissance.

Fini les interminables plans de relance ou de restructuration, il est aujourd’hui nécessaire de laisser respirer un petit peu les économies fragiles des pays du sud. L’exemple grec est à ce titre frappant, si bien que le Fond Monétaire International a déclaré en 2013 que le premier plan de restructuration de la dette -qu’elle a elle-même conçu- n’avait pas obtenu les résultats escomptés.

La lutte contre le chômage des jeunes.

Dans la lignée du point précédent, le président français entend miser sur les jeunes et leur permettre d’avoir un accès à la formation plus sécurisé et plus de garanties lors de leur entrée sur le marché du travail. Cet argument est doublé du timide mais probable reverdissement de l’économie européenne offrirait un contexte plus attrayant pour les jeunes diplômés. L’idée est assez proche de la promesse présidentielle du candidat Hollande.

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Une politique européenne de l’énergie.

Alors que l’Allemagne a abandonné le nucléaire, suite à la catastrophe de Fukushima, pour intensifier le développement des énergies renouvelables mais également la production du charbon ; que la France refuse d’abandonner le nucléaire et que la question du gaz de schiste se fait de plus en plus pressante, la question de la mutualisation des techniques et financement est aujourd’hui indispensable pour répondre aux défis que propose le changement climatique, dans le contexte du sommet international sur le climat de Paris, prévu pour octobre 2015.

La maîtrise des flux migratoires.

L’idée ici serait de réformer deux grand ensembles, l’espace Shengen et FrontEx, pour maîtriser les flux de migrant légaux et illégaux. L’entreprise est certes noble et louable, mais elle n’a aucune chance d’aboutir, à moins de redonner un fort pouvoir aux services douaniers et limiter la liberté de circulation des personnes, l’une des quatre grandes libertés consacrées par l’Acte Unique de Jacques Delors de 1986. A la lumière de la construction européenne, limiter la libre circulation des personnes est impensable, maîtriser les flux est impossible.

Un choc de simplification des institutions.

L’Europe doit redevenir cette espace dédié à la défense des droits européens tout en redéfinissant les grandes lignes du projet (un volet social ?). Redonner l’envie d’Europe aux européens est la plus grandes des nécessités, au regard des résultats des élections européennes, doublé par un contexte de crise économique.
Les idées ne sont peut-être pas novatrices, mais elles ont le mérite d’aller dans le bon sens. L’Union Européenne a besoin d’une alternative socialiste, tout en comblant son besoin de se réinventer depuis les années 1980.

Pas évident qu’Angela l’entende de cette façon…

La ministre, le bio et l’environnement

La nouvelle ministre de l’Environnement, Nicole Bricq, a du se sentir obligée de le rappeler hier matin, 5 juin : non l’écologie n’est « pas un luxe pour bobos », encore vilipendés il n’y a pas si longtemps par une Marine Lepen à court de cibles servant de soude à l’éventail social hétéroclite qui a pu lui servir d’électorat.

Une crise financière mondiale, dont on ne cherchera pas à minimiser l’ampleur ou analyser les causes ici, un président prêtant le flanc aux critiques en tout genre aux manettes pendant 5 ans et un Grenelle de l’Environnement que l’usure du temps a transformé en simple et désespérante coquille vide, ont permis aux pourfendeurs de la cause écologiste de repousser un semblant de politique environnementale sérieuse aux calendes grecques (sans ironie).

A l’approche du sommet international dit de « Rio + 20 », déjà annoncé aussi inutile que ses prédécesseurs dont le plus connu fut sans doute Copenhague, cette prise de position aussi caricaturale qu’étonnante, à la fois inquiétante dans le fait qu’elle existe même tout en étant porteuse d’un peu d’espoir, a le mérite d’exister et de signifier à la population française que :

  • malgré une nouvelle présidence dite « normale » et un agenda médiatique inhérent relativement calme, l’environnement peut y trouver sa place ;
  • sans grande envolée lyrique et promesse empaquetée sous forme de « grenelle », on assiste à une reconnaissance de l’obstacle majeur que représente le changement climatique et à l’acceptation que les prémices d’un début de solution tangible passera inévitablement par une remise en cause du système actuel : ce qui implique un débat, des décisions et des conséquences en termes économique, énergétique et social. La simplicité n’est pas de ce monde-là.

Les plus sceptiques pourront toujours avancer que les déclarations de la ministre n’engagent qu’elle, voire son gouvernement, mais découle avant tout d’une logique politique à marquer son territoire et signaler sa présence, annonçant au passage la tenue d’une conférence organisée par elle-même histoire que les médias et le grand public l’identifient plus durablement que ses prédécesseurs.

Et ça là qu’intervient le « oui, mais ». Dire que l’environnement, c’est fragile et c’est la responsabilité de tous, c’est bien. On pourrait même dire que c’est rentré dans une certaine forme de « norme ».

Miracle de communication, le lendemain de la « mémorable » intervention de madame Bricq, l’Agence Bio (ça ne s’invente pas) agite le drapeau du succès au – dessus du marché du « bio » qui, lui aussi, ne semble plus être l’apanage du bobo parigot à vélo… Elle annonce le million d’hectares de terres bien françaises consacré à une agriculture plus responsable. Enfin, une responsabilité à géométrie variable, selon les critères officiels et les marchés, de la nature et de l’humain. Une croissance de 15% en un an dans un pays comme la France, si viscéralement attaché à son secteur primaire, il y a de quoi y voir autre chose qu’une simple mode alimentaire portée par une pseudo-caste sociale. L’avenir dira l’ampleur et le sérieux du phénomène, son impact également sur le comportement de la population, et par ricochet sur la politique gouvernementale de préservation de l’environnement. Particulièrement face aux lobbies industriels divers et variés qui peuplent les allées des grands centres décisionnels de France, mais aussi d’Europe. Mais là, c’est une autre histoire…