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Demain, tous créateurs, tous artistes ?

« C’est précisément en période de crise qu’il faut donner la priorité à la culture. La culture ne doit pas être considérée comme un supplément d’âme, quelque chose que l’on ajoute au nécessaire. La culture c’est ce qui fait qu’un peuple développe un sentiment d’audace et d’anticipation de l’avenir » précise Claude Mollard co-auteur de l’ouvrage « Malraux, Lang et après » et invité du débat « Générations d’idées » organisé par Tendances Débat.

Mais qu’est- ce que la culture ?

Comme le dit si bien Alin Avila, directeur de la revue Area, « la culture c’est comme la prose de Monsieur Jourdain, on en parle sans trop savoir ce que c’est ». Prenons la définition anthropologique de la culture d’Edward Burnett Tylor : « ensemble de patterns (de pensée, de comportements, de sentiments, de croyances, de modes de production et de reproduction, etc.) socialement appris et globalement partagés, à un moment donné, par un groupe de personnes formant un peuple ou une société. »

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« Dans quel Etat est la culture » Générations d’Idées

C’est pourquoi distinguer création pure d’un côté et divertissement de l’autre n’est pas nécessairement pertinent. « La culture ce n’est pas juste de l’art, c’est aussi du divertissement. Vous pouvez lire Montaigne le matin et regarder Avatar le soir » insiste Frédéric Martel, auteur de « Mainstream » Une erreur aussi de parler de culture et de sous culture. La BD n’est pas perçue aujourd’hui comme il y a cinquante ans. De même pour les jeux vidéos, c’est comme les films, il peut y avoir un Stallone et un Kubrick. Enfin « plus on pratique la culture, plus on aime la culture, plus on va chercher de diversité culturelle » dixit Nicolas Gaume, directeur de Mimesis Republic. « Apres avoir lu Harry Potter, on se découvre un appétit à lire des œuvres plus classiques, des textes plus difficiles à aborder ».

Ainsi, il faut mélanger les deux. On peut développer une capacité critique dans les séries TV comme dans les œuvres les plus orthodoxes, ce n’est pas incompatible.

L’enjeu du numérique

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Bande-annonce du documentaire Presspauseplay

Avec le développement du numérique, les outils de création se sont démocratisés et la créativité est totalement exacerbée. La démocratisation de la technologie permet à un grand nombre de créer, par exemple de réaliser des vidéos et de les diffuser. La véritable question que pose le documentaire PressPausePlay est celle de l’artiste véritable noyé dans le flux. Comment émerger lorsque l’on a du talent dans un univers qui fonctionne uniquement en réseau et par le plébiscite ? Effectivement avec la désintermédiation que crée Internet, la question de la critique se pose.

Enfin, le goût du plus grand nombre est parfois trompeur. Il est toujours intéressant d’aller voir ce qui se passe un peu plus loin. Ce n’est pas pour rien que se développent avec les grands festivals des événements « off » en marge du goût officiel.

L’absence de débat et d’intellectuels

Yves Marek, co-auteur avec Claude Mollard de « Malraux, Lang et après » déplore le fait que qu’il n’y est plus de débat intellectuel en France concernant la culture. L’art contemporain dans les lieux publics ne sanctionne que les valeurs du marché. Il prend l’exemple de l’art plastique dans les années 50 et la querelle entre abstraction lyrique et abstraction géométrique. Or aujourd’hui il n’y a aucun débat vivant que la société s’approprie en art contemporain.

Dispersées et éclatées, les pratiques culturelles collectives laissent leur place à des pratiques culturelles individuelles et le champ du débat s’amenuise.

 

Rencontre avec Lucas Adams, jeune auteur américain de BD

Lucas Adams, 25 ans, a grandi en Californie près de San Francisco. Installé depuis deux ans à New-York, il nous parle de son travail de dessinateur de bande dessinée et évoque l’humour ravageur inscrit dans chacune de ses planches.

Que fais-tu ces jours-ci ?

J’ai plusieurs jobs en ce moment. Je suis à la fois assistant éditeur pour « The Rumpus », critique littéraire pour « Kirkus Review » et je travaille aussi dans un camion qui vend des homards !

Et quand trouves-tu le temps de dessiner ?

Je me suis rendu compte que lorsque j’ai beaucoup de travail, cela me force à être plus productif et à dessiner davantage. Donc je travaille quatre ou cinq jours par semaine et le reste du temps je dessine. C’est avant tout une question de balance !

Parle-nous de ton univers, tes influences ?

Je pense que beaucoup de bande dessinée sont en lien avec l’absurdité, aussi bien au niveau de l’image que du texte. Quand j’étais très jeune, je vivais à Oakland en Californie. En 1991, Il y a eu un terrible incendie, le plus gros aux Etats Unis depuis celui de Chicago dans les années 1800. Ma maison a été épargnée mais j’ai fait des cauchemars pendant de longs mois après cela. Mon mécanisme de défense premier a alors été de dessiner des maisons comme si j’essayais de recréer les quartiers détruits. Je crois que l’idée de regarder des choses impressionnantes et d’y faire face transparait dans mes histoires.

En termes d’influences, Hergé, l’auteur de Tintin et Charles Schultz, le créateur de Peanuts sont probablement les deux plus importants. Je suis tombé amoureux du style d’Hergé très jeune, et Schultz m’a offert Snoopy qui était mon personnage préféré étant enfant. Ce n’est pas une idée qui m’est venue très tôt mais ce que j’aime chez Snoopy, c’est qu’il est le seul à trouver une issue face à la tristesse qui l’entoure. Charlie Brown et tous les autres personnages humains dans Peanuts sont constamment déçus ou malheureux mais Snoopy, lui, trouve toujours une solution, qu’il prétende être un pilote virtuose de la Première Guerre Mondiale ou qu’il agisse comme s’il était Joe Cool ! Ainsi à travers son étrangeté il se protège.

Que peux-tu nous dire sur ton humour ?

Je pense que j’ai un humour qui a trait à la déception dissimulée et à l’absurde. Pour moi, il s’agit toujours de trouver des solutions pour affronter le monde. Je ne l’entends pas au sens commun où chaque jour est une victoire sur le jour suivant; mais j’aime penser que l’humour présent dans mes BD comme dans ma vie est un instrument pour faire face et évoluer dans la vie.

Tes BD possèdent souvent une trame historique ? Pourquoi ?

Je suis toujours totalement intrigué par les histoires des autres. J’ai grandi avec un père qui est un formidable conteur et cela s’est traduit par la suite par une obsession pour l’Histoire. Au collège j’étais fasciné par la guerre civile américaine, et je reste aujourd’hui intrigué par d’obscurs détails historiques qu’il s’agisse de Richard Nixon ou Aaron Burr.

Parle-nous d’un personnage que tu as créé et que tu affectionnes particulièrement ?

« Mister Sweetie » est l’un de mes préférés. Il s’agit d’un incroyable chien hideux qui a toujours le dernier mot comique. J’adore dessiner des choses laides à cause de l’obsession du monde pour la beauté photoshop. « Mister Sweetie » est comme une réponse à cette tendance.

Où peut-on trouver tes BD ?

Je publie sur mon site Internet depuis 2009 www.cheeseburgersinthesky.com. Je publie également chaque semaine une série intitulée « the bins » sur Rampus, un site littéraire de San Francisco dirigé par l’auteur Stephen Elliot.

Propos traduits de l’anglais.