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Les Aliens ou la représentation de « l’étranger » dans les films de Science-Fiction

Avertissement : ce titre est sans aucun doute une promesse trop généreuse par rapport à ce qui va être traité. Car ce billet n’est en fait qu’une modeste réflexion ayant comme point de départ le film district 9. Traiter un tel sujet mériterait au moins une thèse de sociologie. Je suis preneur pour tous financements. district-9-neill-blomkamp

Le premier film de Neill Blomkamp m’a inspiré ce papier pour l’intelligence avec laquelle il appréhende la figure de l’Alien. Petit rappel d’étymologie (origine des mots), le terme d’Alien vient du latin et se rapporte à ce qui est étranger ou inconnu, extensivement, ce qui vient d’ailleurs. L’Alien est donc une figure récurrente de la Science-Fiction, grâce à laquelle on peut retracer, à travers les époques, les pays et les points de vue, une appréhension (politique) de cette figure, celle de l’étranger. Dans tout film d’Aliens, en analysant l’Alien comme un objet de sociologie, un certain nombre de questions sont pertinentes à poser : quelles sont les caractéristiques physiques, mentales et sociales des Aliens ? Sont-ils solitaires, grégaires, civilisés ? Sont-ils guidés par leurs instincts ? Sont-ils avancés dans la maîtrise des technologies ? Lorsqu’ils viennent visiter les terriens, sont-ils belliqueux, pacifiques, intéressés, curieux ? Sont-ils des touristes, ou bien des réfugiés politiques, climatiques, ou encore des immigrés économiques ? Se poser ce type de question peut permettre de s’avancer avec prudence dans une analyse des présupposés politiques qui guident l’imagination et la réalisation de ces bijoux de la SF, pouvant cacher les opinions et les peurs caractéristiques d’une époque ou d’une civilisation donnée.

Le film district 9 adopte d’emblée un positionnement critique vis-à-vis de la civilisation occidentale. Dans ce film, le vaisseau extra-terrestre échoue au-dessus de Johannesburg en Afrique du sud. Alors que les Etats se disputent pour savoir quoi en faire, les Aliens sont parqués dans le district 9. La métaphore de l’appartheid est tout à fait explicite, d’ailleurs le film est entrecoupé d’extraits documentaires de l’époque. Les Aliens sont l’objet d’un traitement administratif répressif et les victimes passives de l’inébranlable et aveugle machinerie bureaucratique terrienne.

L’Etat recrute une multinationale de la sécurité, la MNU (Multi-National United), pour gérer de manière musclée le problème Alien en déplaçant ces populations marginalisées, dont les individus sont anonymisés – ce sont des « crevettes » – et criminalisés. La MNU n’a pas grand-chose à faire du sort des Aliens mais fera d’énormes bénéfices si elle parvient à percer le mystère de leur armement futuriste.

Quelques mots sur les Aliens selon Neil Blomkamp. Dans un bel exercice d’anthropomorphisme, l’auteur du film représente des créatures très naïves, malgré leur avancée scientifico-technologique sur l’homme, et manipulables avec du simple pâté pour chat.  Ces Aliens, contrairement aux Aliens superpuissants et belliqueux de la plupart des blockbusters hollywoodiens, sont pacifiques.

Au final, le film, en plus de renvoyer au traitement administratif et policier qui est réservé à l’étranger dans nos sociétés occidentales, offre la vision pessimiste d’un système sans fin qui aura toujours des communautés à discriminer. Mais le pessimisme peut aussi venir du fait, qu’en cas de visite extraterrestre, l’emballement de nos systèmes politiques, économiques, médiatiques et militaires laissera peu de place au dialogue et à l’enrichissement inter-planètes.