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France

DEPARTEMENTALES : CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCEE, par Erick Orblin

Erick Orblin, fonctionnaire territorial, explique en quoi il est primoridal de sauver les départements pour la cohésion de notre territoire, de la République.

La République a-t-elle perdu la raison en voulant mener une guerre contre ses territoires ? Maurice Agulhon n’aurait-t-il pas su préserver sa République, ses département et ses villages ? L’existence même de la France serait-elle menacée ?

En résumé, notre pays a-t-il besoin de se réformer au point de s’autodétruire, de nier sa réalité, sa diversité et ses atouts qui font sa force ?

La réforme territoriale engagée en 2008 est en fait devenue un véritable serpent de mer.   Sur les recommandations audacieuses de la Commission Attali puis du Comité pour la réforme des collectivités locales présidé par Edouard Balladur, Nicolas Sarkozy s’est finalement résolu à engager la suppression des départements. Exit les cantons et les départements, les conseillers généraux devenaient des conseillers territoriaux siégeant au sein des conseils régionaux.

Le « Grand Conseil des communes de France » fit alors de la résistance et l’arrivée d’un nouveau Président de la République mena les conseillers territoriaux à trépas. Une nouvelle ministre, Marylise Lebranchu reprit le dossier, rassura les conseillers généraux promis une élection en 2014 mais pour un mandat unique car, c’était écrit : les conseils généraux disparaitraient en 2020.

Sans doute pour être plus sûr de faire aboutir ce projet, les conseillers généraux devenaient des conseillers départementaux et le conseil général devenait le conseil départemental. La division administrative territoriale perdait sa nature même et sa compétence générale déjà affectée par les précédentes lois de décentralisation dès 1982. Le conseil général ne l’était plus et avait des compétences d’attribution !

Mais puisque derrière ce projet se cachait le souci de réaliser des économies, on réduisit le nombre de cantons à tel point que même Bernadette Chirac, l’éternelle conseillère générale du canton de Sarran, disparaissait de la Corrèze.

On parle de décentralisation mais le pouvoir jacobin n’a jamais été aussi puissant. Il est en train de faire disparaître départements et… régions puisqu’il n’y en a plus que 15 !

D’un trait de crayon, on redessine le territoire mais d’un trait de crayon on saborde le navire France.

On veut regrouper, unifier, uniformiser ce qui fait le caractère et la spécificité d’un pays qu’on a eu tant de difficultés à construire. Pensez qu’il y a moins de 150 ans la langue française n’était pas encore parlée sur tout le territoire !

La diversité est la richesse de nos provinces et la France n’a pas vocation à devenir un agrégat de « Grands Paris ». Ne doit on pas sauver nos 36.000 communes même si sous l’effet d’une irrépressible désertification certaines se transforment en hameau et relèvent plus de la gestion associative que de la gestion administrative ? C’est la vie, c’est une transformation naturelle pour ne pas dire une mutation. Certaines disparaîtront, d’autres renaîtront mais a-t-on besoin d’intervenir pour les occire en masse au profit de grandes métropoles ?

Le système est évidemment devenu trop complexe, multiforme et dispendieux. N’est ce pas là l’échec des velléités décentralisatrices d’une République qui a perdu la raison en abandonnant ses pouvoirs à des élus locaux qui n’ont eu de cesse de vouloir toujours plus grandir dans une illusoire quête de puissance ?

La commune s’est transformée en communauté, puis en établissement public de coopération intercommunale, enfin en agglomération au point de couvrir une part importante du département. Au final, c’est le département qui s’est fait vampirisé mais s’il disparaît, c’est tout un château de cartes qui à terme va s’écrouler sur une multitude d’organes et sous ensembles protéiformes et inégaux pour finir par ’Etat, ultime victime de sa folie réformatrice.

C’est un peu pourquoi la décentralisation peut s’apparenter à une célèbre fable de La Fontaine (1): « le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages, tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs » !

La raison nous l’impose, sauver les départements c’est préserver l’unité et la cohérence de notre territoire républicain. Espérons que les nouveaux élus « départementaux » soient à la hauteur de la tâche !

Erick ORBLIN

Ancien élu local, fonctionnaire territorial.

(1) « La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf »- Jean de la Fontaine

Islam de France : une communauté indéfinie et mal représentée

La communauté musulmane de France est-elle une entité crédible ? Depuis l’attaque terroriste islamiste perpétrée à Paris, le mercredi 7, 8 et 9 janvier 2015, contre les membres de la rédaction de « Charlie Hebdo», l’assassinat d’une jeune policière et la prise d’otage sanglante dans une superette casher Porte de Vincennes, nombreux sont les politiques, analystes, personnes publiques influentes qui intègrent dans leur discours la terminologie généraliste de « communauté musulmane de France». Avant de pouvoir avancer des pistes de réflexion sur le rôle que pourrait jouer la communauté musulmane française dans la lutte contre le djihadisme, il serait opportun de procéder à la définition de cette communauté et de ses particularismes. Ce vocable est-il pertinent ? Quelles sont les réalités existantes sur le terrain et les caractéristiques particulières qui détermineraient son existence au sein de la société française ?

Quelles sont les caractéristiques qui permettent de définir une communauté, religieuse de surcroit, dans un pays tel que la France, profondément et historiquement attaché au principe de laïcité, en référence à la loi sur la laïcité du 9 décembre 1905. La loi stipule en l’occurrence, que « la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes » … « ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte». Par définition, la France écarte toute institutionnalisation politique du fait religieux et le place par principe dans la sphère privée. Par ailleurs, afin qu’une « communauté religieuse » puisse se définir en tant que telle, elle doit pouvoir se doter de moyens d’organisation du culte et d’institutions représentatives qui seraient l’interlocuteur privilégié de l’État, dans un contexte où n’existent pas de cultes reconnus au sens juridique.  Cette démarche historiquement acquise pour l’Eglise catholique en France, première religion de France, pour la communauté juive représentée par le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France demeure inachevée pour le culte musulman malgré les tentatives de création de l’instance du Conseil Français du Culte Musulman en avril 2003.

Hétérogénéité des profils et pratiques religieuses diverses

L’absence de statistiques françaises sur le nombre de musulmans en France s’explique d’une part, par l’interdiction juridique de distinguer les citoyens français et les résidents étrangers en fonction de leur croyance ou de leur appartenance ethnique et d’autre part, en raison des difficultés méthodologiques pour réaliser ce type d’enquête sociologique compte tenu des critères multiples qui préfigurent l’appartenance à la « communauté musulmane ».

Si l’on observe la diversité des origines d’immigration en France, particulièrement celle issues de pays à tradition musulmane, notamment maghrébine ou africaine, on remarquera l’existence d’autant de diversité de pratiques religieuses, communautaires, de croyances populaires, de syncrétisme que d’origines migratoires. Une tendance majoritairement sunnite est néanmoins prédominante. La pratique religieuse s’inscrit généralement dans une trajectoire individuelle en pleine évolution où se greffent de nombreux facteurs d’influence culturelle, identitaire, sociologique. C’est notamment dans l’hétérogénéité des profils et des pratiques issues d’origines diverses et parfois de non pratique pour les individus « à culture musulmane » que réside la difficulté d’identification à un groupe. Le seul référent commun est l’islam et contrairement aux perceptions générales ils se présentent sous multiples formes sociales et cultuelles.

En effet, le qualificatif « de musulmans de France » ne peut se baser sur la pratique religieuse ni sur la foi individuelle mais plutôt sur l’attachement de l’individu à une culture et une histoire musulmane faisant partie de sa construction identitaire. Longtemps, la pratique musulmane est demeurée de l’ordre du privé surtout en ce qui concerne les premières vagues d’immigrés du Maghreb. Ce n’est qu’à la fin des années 70 que l’on a vu apparaitre des revendications en termes de création de lieux de cultes permanents pour une pratique décente de la religion et de carrés musulmans. Ces revendications sont l’expression d’une  volonté de partage du culte dans des lieux de socialisation où le lien communautaire prend forme et l’acceptation d’une installation durable dans le pays d’accueil s’affirme.

La sociologue, Jocelyne Césari insiste sur le rôle de la mosquée ou la salle de prière à l’échelle du quartier en tant que ciment de liens communautaires et de sociabilité. La religion musulmane devient, pour certains, un mode d’affirmation de soi et de résistance au monde extérieur. Elle constitue une identification sociale et fonctionne comme une nationalité de substitution ou de compensation, principalement pour la première génération.

On assiste dans ce contexte aux prémices de l’organisation d’un islam de France en manque de financement et d’appui institutionnel qui fait l’objet de convoitises étrangères, financières ou diplomatiques.

Les instances de la communauté musulmane de France en manque de représentativité

C’est en avril 2003 que le Conseil du Culte musulman a été institutionnalisé en tant qu’instance représentative de l’islam de France au terme d’une dizaine d’années de réflexion, de tergiversations en raison des divergences entre les associations cultuelles. Cette instance est constituée en association régie par la loi de 1901 et prend en charge les questions liées à l’organisation et à la gestion du culte.

L’islam pratiqué en France est majoritairement d’obédience sunnite et ne dispose pas d’ordre religieux contrairement au chiisme structurellement hiérarchisé doté d’une autorité décisionnaire. Ce particularisme structurel participe à la difficulté intrinsèque au sein de la communauté musulmane de France de désigner une instance représentative. L’impulsion étatique initiée par Nicolas Sarkozy, à l’époque ministre de l’intérieur, pour encourager, parfois de manière autoritaire, la création de cette instance impliquant les différentes organisations associatives et favorisant les trois grandes fédérations existante : la mosquée de Paris, la FNMF (Fédération des musulmans de France) soutenue par le Maroc et l’UOIF (l’Union des Organisations Islamiques de France) a également inclus  les ambassades marocaines et algériennes dans le processus de désignation des candidats et d’élection.

Les 6 et 13 avril 2003 les élections des 200 membres de l’assemblée générale et des 41 membres du Conseil d’Administration du CFCM par 4032 grands électeurs désignés par environ 900 lieux de culte ont enfin eu lieu. C’est l’UOIF, organisation proche des frères musulmans, qui est sortie gagnante de ce scrutin, mettant en exergue la faiblesse de la mosquée de Paris.

Les circonstances de la constitution et de l’élection de cette instance pour le moins forcée ne traduisent pas l’émanation d’une quelconque volonté démocratique de la communauté musulmane. Elle jouit donc de peu de légitimité au sein de la population qu’elle est censée représenter. Elle perd par conséquent en termes de crédibilité et de poids dans ses prises de position.

Comment « une communauté religieuse », notamment musulmane constituée de profils hétérogènes dont les sources d’influences sont différentes, pénétrée par ailleurs par des mouvements de pensées extérieurs émanant du conservatisme prédominant dans le monde arabe et enfin dotée d’instances en manque de légitimité, peut-elle agir au sein de la société française?

Pour ce faire, les élites d’appartenance musulmane, celles qui auraient pour vocation de participer à la constitution d’institutions musulmanes de France devraient se manifester et agir collectivement pour une redéfinition des fondements des instances en dépit de leurs diversités. Elles sont amenées à poser des principes de base qui régissent le culte musulman conformément aux principes de laïcité de la République et à définir la place que veut occuper la communauté de culture musulmane au sein de la société française dans l’expression de sa modernité et de sa créativité intellectuelle.

Cette refonte structurelle engagée permettra à « la communauté musulmane de France » d’agir  contre le djihadisme en pleine conscience de ses priorités.

Salima LAABI-ZUBER

Sources : contretemps.eu, assr.revues.org, persee.fr

Tous unis pour la liberté

Une foule impressionnante s’est massée à Paris le dimanche 11 janvier pour afficher sa détermination à défendre la liberté. Une réelle mobilisation nationale s’est opérée, mais pas uniquement… Cette journée aura aussi été celle de toutes les personnes conscientes, à travers le monde, de la valeur de la liberté et du combat quotidien nécessaire pour la préserver. Au-delà du symbole de « Je suis Charlie », qui appartient aujourd’hui à tous, c’est notre responsabilité de citoyen français et du monde de défendre nos libertés et la liberté des autres à travers le globe. C’est même un devoir. Ce devoir a été parfaitement rempli compte tenu de la mobilisation internationale qui a eue lieu. Ce ne sont pas seulement les chefs d’Etats ou de gouvernements qui ont été présents mais chaque citoyen désireux de participer d’une manière ou d’une autre à quelque chose de plus grand que lui. Ce 11 janvier restera dans l’Histoire comme la journée de défense de nos libertés : liberté d’expression, liberté de tristesse, liberté de recueillement, liberté de rire, liberté de croire, liberté d’être ensemble, en résumé la liberté d’être humain.

Un combat qui doit se poursuivre

Notre addiction à la liberté doit se transformer en un formidable élan vers l’autre. Il est absolument nécessaire que tous nous puissions à nouveau nous tourner vers quelque chose de fondamentalement humain, il s’agit du vivre ensemble. Comment renier ou laisser faiblir un élément fondateur de notre pays et du monde ? Comment renier cette diversité qui compose nos rencontres ? Une chose très émouvante était de lire sur les pancartes présentes lors de la marche républicaine « Je suis Juif », « Je suis Flic », « Je suis Musulman », « Je suis Chrétien ». C’est la preuve que nous sommes capables de nous entendre et de faire front ensemble contre toutes formes de violences avec nos sensibilités, nos origines, nos croyances. Notre devoir consiste maintenant à garder notre esprit critique en alerte pour déceler chaque réaction ou décisions susceptibles de mettre en danger cette cohésion. Evidemment cela ne sera pas chose aisée. Les réflexes sécuritaires et de peur seront bien présents, et c’est un élément tout à fait normal. Néanmoins, le défi principal qui nous attend est de combattre les solutions faciles et discours qui chercheront à faire naître plus de peur qui n’en existe déjà. Il est faux de dire qu’il n’y a pas de menace, comme il est faux de dire que nous ne sommes pas conscients de l’existence de cette menace. Il nous reste donc à trouver les outils politiques, législatifs, éducatifs et même judiciaires pour lutter efficacement contre des dérives possibles comme l’amalgame, contre d’autres attentats, contre des réflexes sectaires et racistes. Il est également nécessaire de faire comprendre la place que chaque citoyen a dans notre société afin d’endiguer des phénomènes d’exclusion et de radicalisme naissants. La place de l’éducation notamment sur le respect d’autrui, l’éducation civique dans nos écoles laïques en somme, est une solution qui doit être mise en avant, tout comme le dialogue inter-religieux. Notre liberté doit être un moyen d’aller vers les autres. Et plus encore, c’est une arme qui doit nous servir dans nos combats quotidiens comme la place de la femme, ou des minorités, ou bien encore la pauvreté et le racisme. Il ne faut pas détourner l’attention des problèmes économiques, politiques. Chose pire encore, nous ne pouvons pas oublier l’actualité des autres pays.  Au Nigéria, le groupe terroriste Boko Haram a récemment rasé et brûlé plusieurs villages, tuant environ 2000 personnes. Qui a soutenu « je suis Nigérian » ?

Une liberté d’expression occultante ?

Malgré une mobilisation citoyenne certaine à Paris, dans le monde et sur les réseaux sociaux les événements qui se sont déroulés ont occulté l’actualité internationale. Voici quelques brèves d’informations qui ont une résonnance singulière aux vues combats affichés lors de la marche républicaine. Comme nous venons de l’écrire, le groupe salafiste Boko Haram a exécuté plusieurs attaques au Nigeria. La Croatie a élu sa présidente Kolinda Grabar Kitarovic ancienne ministre des affaires étrangères. Les combats en Ukraine ne cessent toujours pas. La liberté de la presse ne peut pas se limiter à notre souffrance. La riche actualité internationale ou nationale a cessé d’exister, supplantée par les séquences de violences que tous les médias français ont suivies en temps réel. On peut s’étonner du manque d’information consacré au reste du monde depuis l’attaque des locaux de Charlie Hebdo. Même si cela s’explique par la douleur, le choc et l’émotion ressentie, l’envie de tous de suivre cette macabre « téléréalité » et de se tenir informés pour éventuellement se protéger. Toutefois, savoir remettre en cause l’information et son traitement reste important. Ce réflexe démocratique nous permettra de rester libres penseurs.

Enfin, la question de la défense de la liberté de la presse et d’expression devrait tous nous toucher, encore plus aujourd’hui. Alors pourquoi ne parlons pas des journalistes qui depuis toujours exercent leur profession dans des conditions dangereuses. L’exemple de la Chine, Russie, de l’Arabie Saoudite ou bien du Venezuela devraient nous révolter et amener à poursuivre cette mobilisation. En effet, les peuples de ces pays recherchent aussi la liberté, qu’ils déclineront sous toutes ses formes une fois qu’elle sera acquise, respectée et défendue. Les mots de l’écrivain français Claude Aveline retentissent particulièrement suite aux événements parisiens et à la rédaction de ce modeste article : « L’homme qui réclame la liberté, c’est au bonheur qu’il pense. ».

Que tirer de l’extrême droite ?

De plus en plus de personnes se rallient aux cotés des extrémistes pour revendiquer la « liberté d’expression ». Mais dans un pays démocratique, n’est-ce pas absurde ? Les vraies revendications de ces personnes concernent en réalité l’autocensure et le politiquement correct. Ils voient en celles-ci une maladie qui empêche les médias de faire leur travail correctement en relayant un débat public pleinement démocratique dont des solutions innovantes pourraient émerger.

Si l’extrême droite gonfle dans les sondages et se manifeste de plus en plus visiblement dans les espaces d’expression anonymes, c’est parce qu’elle fait plus que de rassembler des forcenés « extrémistes » et des ignorants ne parvenant pas à comprendre la « république ». Sous les étiquettes d’ « extrême droite », de « fasciste » et de « conspirationniste » on rassemble pêle-mêle des mécontents aux courants de pensée très divergents et parfois opposés. On y classe les mouvements les plus rétrogrades aux côtés des plus innovants. Dans ce tiroir mal connu siègent ensemble, des hooligans nazis alcooliques, des accros de l’internet qui fantasment et des intellectuels qui ennuient le gouvernement.

Si certains mouvements identitaires ne carburent qu’à la simplification des raisonnements et aux cercles d’idées fermés pour aboutir sur la violence, d’autres mouvements politiques supposés « extrêmes » sont au contraire des écoles de pensées pleines de vie. Le journaliste politique Edwy Plenel décrivait tout récemment l’Action Française comme un « laboratoire idéologique de la réaction,  hélas non dénué de talent, qui poursuit son travail de subversion »[1]. Le mouvement monarchiste qui se doit « d’être intellectuel et violent »[2] selon sa figure de proue historique Charles Maurras, cultive en effet toutes les semaines ses militants avec des conférences et des débats – appelés « cercles » dans le jargon – et nourris ses lecteurs dans son journal l’Action Française 2000. Le mouvement politique le plus ancien de France a inspiré d’autres courants de pensées « extrêmes » dans cette dynamique. C’est le cas de l’association politique Égalité et Réconciliation qui a transposé le modèle du journal et des conférences sur internet. Aujourd’hui egaliteetreconciliation.fr va jusqu’à surpasser les « pure players » Mediapart.fr ou Atlantico.fr avec un rang Alexa de 288 contre 338 et 370.

L’extrême droite « intellectuelle » ré ouvre aujourd’hui ses propres maisons d’éditions, –éditions KontreKulture et Le Retour aux Sources –, publie ses propres gazettes – magazine Rebellion et la « lettre confidentielle » Faits & Documents – qui vont bien plus loin que les canards bêtes et méchants de l’extrême droite – Minute et Rivarol –. Pour couronner le tout, leurs auteurs donnent des conférences régulières qui font salles combles et des dizaines de milliers de vues lors des diffusions sur Internet.

On distingue dans ce bouillonnement intellectuel et doctrinal, plusieurs démarches :

La démarche « maurassienne » du pragmatisme : celle-ci consiste à penser que la meilleure solution politique est celle qui a fait ses preuves. Ainsi, en étudiant le passé, on peut parvenir à l’organisation politique ou sociale la plus efficace, qui apporte le plus à chacun des membres de la société. A titre d’exemple, son auteur Charles Maurras prône pour la France, une monarchie décentralisée avec une organisation sociale de type corporatiste.

La démarche de subversion : on remet en cause totalement les pratiques et idées communément admises, on sort de tous les cadres, on refait l’histoire. Par exemple, le mouvement « anarcho-royaliste » du lys noir prône, à l’instar des mouvements antifascistes les plus radicaux, une décroissance totale à l’échelle du pays et la sortie du « régime publiciste » c’est-à-dire de l’omniprésence de la communication. Un autre exemple parlant : certains mouvements remettent en question les droits de l’homme issus des lumières. Ils les considèrent comme un « concept creux » qui met l’individu seul face à l’Etat et réfléchissent à des alternatives comme les droits collectifs : les groupes sociaux avec leur hiérarchie propre – corps de métiers, villes, familles – négocient auprès des autorités supérieures les droits de ses membres et défendent ces derniers avec la force du groupe. Ils reprennent les réflexions de penseurs et de philosophes oubliés du XX eme siècle qui ont remis en cause la démocratie « bourgeoise » comme Proudhon, Kropotkine ou Marx, ressortent des documents historiques controversés sur lesquels ils s’appuient parfois pour penser l’impensable.

De même qu’une université du Kent[3] aurait très récemment démontré que les personnes catégorisées comme « conspirationnistes » seraient « plus saines que ceux qui acceptent les versions officielles des événements » pour leur esprit critique plus développé, les éternels subversifs de l’« extrême droite » pourraient apporter, dans une certaine mesure, du grain à moudre au débat des idées. En effet, les questions qu’ils se posent sont très hétérogènes. A titre d’exemples : comment consommer pour court-circuiter les circuits de grande distribution ? Faut-il vacciner ses enfants ? Comment survivre en cas d’effondrement économique ? Comment éviter la guerre civile ? Quel avenir politique « out of the box » est-il possible? Démocratie directe ? Tirage au sort des députés? Restauration ? Instauration ? 6eme république ? Non-remboursement de la dette comme en Islande ? Réintroduction d’un système d’étalon Or ? Alliance avec la Russie ?

Quoi qu’on pense de ces écoles de pensées choc qui usent et abusent de leur liberté d’expression, on pourrait voir la « maladie des extrêmes » comme une fièvre qui instaure des conditions difficiles mais qui permettrait aux anticorps de débarrasser le corps politique de l’autocensure et du politiquement correct qui risquent de causer sa mort cérébrale.

Dans le monde de l’entreprise où l’évolution est indispensable à la survie économique, on observe que les géants qui sont forcément moins innovants et adaptables soignent les « startups ». Ils les financent, les encouragent, les rachètent ou copient leurs systèmes décisionnels pour être toujours à la pointe. Certaines entreprises permettent même à des employés de former et de financer leurs projets d’entrepreneuriat tout en restant salariés. Peut-être que les géants de la politiques devraient interagir beaucoup plus avec les associations et les groupuscules politiques aux pensées divergentes. Les partis devraient plus se mettre en danger en lançant de nouveaux projets et en intégrant des petits groupes politiques comme cellules pour les mener à bien. Les partis pourraient financer de la recherche politique, des groupes de pensée qui n’auraient pas pour but de formater et de convaincre plus de monde, mais de fabriquer de la pensée neuve.

Enfin, il n’y a pas une seule « extrême droite » il existe une nuée de courants contestataires qui se construisent en opposition au « système » avec des écoles de pensées multiples qui se confondent parfois avec l’extrême gauche dans leurs questionnements. Si l’on peut tirer quelque chose de ces mouvements, c’est probablement dans l’écoute mutuelle et la remise en question plutôt que dans la marginalisation.

[1] www.causeur.fr/mariage-gay-edwy-plenel-27656.html

[2]www.actionfrancaise.net/craf/?Manifeste

[3] Etude du 8 juillet par les psychologues Michael J. Wood et Karen M. Douglas de l’Université de Kent (Royaume-Uni). Intitulée « What about Building 7? A social psychological study of online discussion of 9/11 conspiracy theories »

Hacker la démocratie sur internet avec l’astroturfing

L’Astroturfing est une technique consistant en la simulation d’un mouvement spontané ou populaire à des fins d’ordre politique ou économique pour fabriquer l’opinion. Elle consiste à donner l’impression d’un sentiment majoritaire pour justifier une prise de position.

L’astroturfing joue sur un certain nombre de ressorts psychologiques, notamment le pouvoir du conformisme et de la pression sociale démontré par l’expérience de Asch[1] et conceptualisé dans « L’effet Bandwagon »[2]. Cet effet, également appelé « effet de mode » regroupe le comportement « moutons de panurge » ainsi que le fait que les esprits indécis finissent par prendre tardivement leur décision en imitant ce que pense ou fait la majorité.

En pratique, l’astroturfing s’effectue en influant le cours de l’information sur l’internet participatif : manipulation de sondages, flood, troll dans les commentaires et sur les réseaux sociaux. Certains vont même jusqu’à mettre en place en place des robots. C’est le cas des jeunes de l’UMP avec l’outil Twitpop[3] mis en place en 2011 qui permet aux fanboys du parti de lui donner les pleins pouvoirs sur leur compte Twitter. Grace à cet outils, tous les comptes zombies retweetteront de façon automatisée les tweets écrits par les « Jeunes pop ». Toujours à l’avant-garde du progrès, l’équipe de campagne de François Hollande à très rapidement fait de copier l’Union des Moutons de Panurge pour mettre en place son propre système de spam avec le compte toushollande.fr .

Heureusement l’élite de la république ne semble pas encore avoir eu l’inspiration des Sud-coréens qui auraient mis en place en 2012 une campagne de diffamation industrielle automatisée ayant engendré près de vingt-quatre millions de tweets pour écarter un candidat. Enfin, ne parlons pas trop vite c’est peut-être déjà prévu pour 2017.

En marketing, la technique est également utilisée, quoi de plus facile pour écraser la visibilité du concurrent ? Ainsi quelques affaires de grande ampleur ont éclaté dans la téléphonie avec l’attaque de Samsung sur HTC. En France, des affaires de « faux contributeurs » ont été mises à jour sur Médiapart, le Figaro, les Echos, le Huffington Post et Economie Matin. Des agences de communication ou des startups ambitieuses ayant créé des personnages ou des journalistes de toutes pièces avec compte Facebook, profil Linkedin et CV fictif ont été épinglés par les internautes.[4]

Certains considèrent l’astroturfing comme légitime dans la manière ou, à l’image de la fable de La Fontaine, c’est dans la nature de toutes grenouilles d’essayer de se faire aussi grosse que le Bœuf. Mais la morale de cette fable-là, c’est que sur Internet comme partout ailleurs, la démocratie n’existe pas.

pour plus d’informations:

http://tendactu.fr/les-coulisses-du-web/2551/
http://bdc.aege.fr/public/Astroturfing_Enjeux_pratiques_et_detection.pdf

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Asch
[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_de_mode
[3] http://leplus.nouvelobs.com/contribution/189829-les-jeunes-de-l-ump-et-twitter-ou-les-moutons-2-0.html
[4] http://vigie-astroturf.blogspot.fr/

Politique : une menace citoyenne nécessaire

La menace des citoyens envers les Hommes politiques est une nécessité. Face à l’impunité des politiques, ou de tous autres décideurs, il est absolument nécessaire pour l’ensemble des citoyens de conserver un levier de pression efficace à l’encontre d’activités ou comportements qui n’ont pas lieu d’exister. Les faits suivants qualifiés, à juste titres d’« affaires » par les médias, comme les manquements de Thomas Thévenoud, le langage très maladroit d’Emmanuel Macron, ainsi que le retour en politique de Nicolas Sarkozy démontrent que ces privilégiés se croient au-dessus des lois et, plus grave encore, ils ne craignent pas les réactions des citoyens qui les placent dans les instances de décisions. La réalité est celle-ci, les élites politiques – sans oublier les élites financières, économiques, et même médiatiques – n’ont pas peur de nous. Ne serait-il pas temps de créer la perception d’une réelle menace des citoyens par ces personnages politiques qui sont au service du bien commun? Il est absolument nécessaire de faire ressentir aux politiques la menace que nous devons exercer sur eux.

Nous pourrions proposer un concept de realthreat citoyenne. Ce concept serait caractérisé par la peur des réactions, violentes ou non, des citoyens face à des propos, des pratiques, des mensonges, des délits, commis par des décideurs politiques, qui ne seraient pas acceptables par leurs caractères illégaux, diffamatoires, injurieux, blessants et/ou mensongers. Si ces personnes avaient réellement peur de nos réactions, jamais elles n’oseraient agir de manières abusives, mensongères ou blessantes. Les possibles menaces des citoyens, leurs réactions et les conséquences possibles sur les personnes politiques leur réputation et/ou leurs activités seraient un élément qui constituerait une barrière à toutes postures inconcevables adoptées par les élites.

Prise de conscience

Les peuples doivent comprendre qu’ils sont leur propre maître. La prise de conscience de leur pouvoir doit s’opérer de manière plus large et assumée. Une citation tirée du film de James McTeigue, V for Vendetta (2005), raisonne particulièrement aujourd’hui : « Les peuples ne devraient pas avoir peur de leur gouvernement. Les gouvernements devraient avoir peur de leurs peuples ». Ce qui nous scandalise doit nous faire réagir contre des élites dont le sentiment d’impunité s’affiche outrageusement. La vision critique du peuple se doit de rentrer efficacement dans le débat démocratique de nos représentants. Mais la prise de conscience doit être double. Les femmes et les hommes doivent s’emparer de ce pouvoir politique qu’est la menace de l’opinion pour faire réagir les politiques. Cela dans une perspective positive pour contrôler leurs actions et faire comprendre à ces figures publiques que leur priorité n’est pas de se faire réélire mais de servir la nation, le bien commun. La deuxième prise de conscience concerne les mandataires du vote citoyen. Les politiques doivent sentir la menace que nous pouvons incarner face à des choix ou des propos impensables. Donnons quelques exemples concrets et récents : oser ne pas payer ses impôts et s’en justifier honteusement (Thomas Thévenoud député et ancien secrétaire d’Etat), qualifier d’« illettrés » des travailleurs (Emmanuel Macron ministre de l’Economie de l’Industrie et du Numérique), faire son retour en politique pour simplement reconquérir un pouvoir perdu (Nicolas Sarkozy ancien président de la République). Il est grave et insupportable de voir et d’entendre que des décideurs publics ne considèrent absolument pas les personnes qui leur apportent une légitimité politique. Encore pire, ils ne respectent pas les règles dont nous, soi-disant simples citoyens, nous devons nous acquitter. Il est donc essentiel de rétablir un rapport de force en faveur des peuples face à leurs gouvernements.

Menacer pour être visible et crédible

Menacer c’est se donner un pouvoir, une visibilité et montrer ses possibilités d’agir. Il est assez consternant de voir comment nous traite des hommes politiques. Affaires après affaires, des Hommes compromis osent se justifier et ou assumer des fautes graves devant des citoyens qui les ont élus. Il est donc temps de s’approprier la définition du président américain Abraham Lincoln de la démocratie : « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Ces mots simples doivent refléter la force et la menace potentielle que sont les électeurs et l’ensemble des citoyens. La constitution de collectifs proposant des pétitions citoyennes va dans ce sens. C’est une façon de proposer des alternatives, des changements ou de lutter. Mais l’élément le plus important dans ces pétitions c’est la mobilisation des personnes. Elles peuvent se sentir engagées, participantes et unies dans un projet commun. C’est la force d’une plateforme comme Avaaz. Cette organisation de cybermilitantisme compte 30 millions de membres dans 194 pays. Elle compte déjà quelques victoires, comme la mobilisation contre le magnat de la presse Rupert Murdoch en 2011. En étant perçu comme menaçant nous gagnerons en crédibilité.

Définir des perspectives constructives

Le recours à la menace semble parfois nécessaire. Mais quel est l’enjeu derrière cette pratique que certains vont critiquer ou ignorer? C’est tout simplement le fait de ne plus croire en la politique. Le risque c’est de voir se détruire toutes traces de débats, de cohésion et de mixité sociale, de rester dans l’entre soi face à l’abandon d’une conscience collective qui aurait déserté le champ politique. En laissant la classe politique tranquille, sans aucune crainte du peuple, nous avons contribué à créer leur microcosme politique. Ne commettons pas l’erreur de continuer à alimenter ce réflexe facile et destructeur dans nos sociétés. Elles qui sont riches de toutes différences et débats d’idées. Le recours à la menace doit donc s’opérer dans une optique de construction, d’amélioration des situations et non de destruction. La menace citoyenne doit être un outil et un levier. Il ne s’agit pas d’élaborer un mécanisme de représailles violentes et destructrices, mais de prévenir les idées, les comportements d’Hommes politiques qui sont inconcevables. Cette peur que nous pouvons installer dans leurs rangs pourra ne plus être nécessaire si la situation venait à évoluer dans le bon sens. Néanmoins, il n’est pas certain que cette situation arrive incessamment sous peu…

Joseph Mathivet

La réaction à la censure pouvait être innovante en URSS

« Comment une radiographie permettait aux pirates d’écouter Elvis »

Comment écouter Elvis sous la dictature ?

La musique dans les années 1950-1960 était bien difficile à écouter dans la patrie du communisme. Comme le rappelle le magasine britannique Motherboard, repris par le journal Le Monde, la musique provenant des pays occidentalisés étaient censurée par le régime de Moscou, obligeant les pirates de l’époque à utiliser des radiographies pour écouter les albums de leurs artistes fétiches.

Quand on a Elvis en tête…

A l’instar des radios pirates issues du Royaume-Uni, ancrées dans les eaux internationales, symbolisé par le film « Good Morning England » sorti en 2009 s’inspirant de la célèbre radio Caroline, « ces drôles de pirates russes volaient des radiographies dans les hôpitaux, et gravaient grâce à des phonographes ainsi qu’en trouant les radios avec une cigarette ». Le site de Radio Nova, qui dédie aussi un article sur le sujet, explique que cela permettait aux pirates de contourner la censure du régime et de pouvoir écouter du jazz ou du rock. La musique occidentale était bel et bien censurée, mais pas les phonographes, utilisés ici comme nos graveurs modernes.
« Ainsi, avec Elvis sur le poumon, Duke entre les côtes, la musique pouvait circuler en très mauvaise qualité mais à un prix dix fois inférieur à celui des marchés occidentaux. Aujourd’hui, il reste de cette période ces radios que l’on pourrait considérer comme des œuvres d’art. »

La censure a évolué sans forcément changer

La censure, bien qu’ayant considérablement évolué, reste très présente dans nos sociétés actuelles. Elle s’est juste métamorphosée en gardant parfois ses ressors politiques. Au Canada, la Loi de la radiodiffusion stipule qu’on « ne doit pas entendre à la radio ou à la télévision des propos indûment explicites ou grossiers ». L’interdiction n’est pas stricte et il est possible de faire usage de mots grossiers dans certaines situations. Aux États-Unis, où la loi est similaire, la Cour suprême a jugé que le monologue de l’humoriste Georges Carlin, qui notait l’absence de sept mots choquants à la télévision en les énumérant, était indécent, mais pas obscène. Il a finalement été diffusé.

En France, un clip du groupe les Wampas a été censuré au début des années 2000. La chanson en question est intitulée « Chirac en prison », faisant référence aux divers scandales du président de la république, notamment l’affaire des emplois fictifs du RPR.
Par ailleurs, le clip « Black or White » de Michael Jackson a été censuré en 2009 car le king of the pop avait une trop grande propension à se toucher l’entre-jambe, pourtant une marque de fabrique de l’artiste. Dans la même lignée, toujours aux Etats-Unis, rappelons que le dernier clip de Lady Gaga intitulé « do what u want » a été censuré en décembre 2013. La chanteuse est en effet vêtue de son plus simple appareil.

Récit d’une nouvelle politique européenne de gauche

Vendredi 25 juin 2014, à l’occasion du sommet européen de Bruxelles, la gauche européenne a proposé un éventail de cinq grandes thématiques pour relancer l’Europe. Le texte, que le journal Le Monde a pu se procurer, propose les grandes lignes d’un renouveau tant économique que politique. Pas sûr de que la femme la plus puissante du monde soit de cet avis.

S’appuyant sur les conseils du président du conseil italien, Mateo Renzi -qui a le vent en poupe ces derniers temps-, mais également avec le SPD allemand, François Hollande va présenter lors du sommet européen les grandes lignes d’un projet qui pourrait modifier considérablement la dynamique européenne en vogue depuis l’Acte Unique de 1986 ou encore le traité de Maastricht de 1992.

Voici les cinq points du projet européen de François Hollande :

Une politique économique orientée vers la croissance.

Fini les interminables plans de relance ou de restructuration, il est aujourd’hui nécessaire de laisser respirer un petit peu les économies fragiles des pays du sud. L’exemple grec est à ce titre frappant, si bien que le Fond Monétaire International a déclaré en 2013 que le premier plan de restructuration de la dette -qu’elle a elle-même conçu- n’avait pas obtenu les résultats escomptés.

La lutte contre le chômage des jeunes.

Dans la lignée du point précédent, le président français entend miser sur les jeunes et leur permettre d’avoir un accès à la formation plus sécurisé et plus de garanties lors de leur entrée sur le marché du travail. Cet argument est doublé du timide mais probable reverdissement de l’économie européenne offrirait un contexte plus attrayant pour les jeunes diplômés. L’idée est assez proche de la promesse présidentielle du candidat Hollande.

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Une politique européenne de l’énergie.

Alors que l’Allemagne a abandonné le nucléaire, suite à la catastrophe de Fukushima, pour intensifier le développement des énergies renouvelables mais également la production du charbon ; que la France refuse d’abandonner le nucléaire et que la question du gaz de schiste se fait de plus en plus pressante, la question de la mutualisation des techniques et financement est aujourd’hui indispensable pour répondre aux défis que propose le changement climatique, dans le contexte du sommet international sur le climat de Paris, prévu pour octobre 2015.

La maîtrise des flux migratoires.

L’idée ici serait de réformer deux grand ensembles, l’espace Shengen et FrontEx, pour maîtriser les flux de migrant légaux et illégaux. L’entreprise est certes noble et louable, mais elle n’a aucune chance d’aboutir, à moins de redonner un fort pouvoir aux services douaniers et limiter la liberté de circulation des personnes, l’une des quatre grandes libertés consacrées par l’Acte Unique de Jacques Delors de 1986. A la lumière de la construction européenne, limiter la libre circulation des personnes est impensable, maîtriser les flux est impossible.

Un choc de simplification des institutions.

L’Europe doit redevenir cette espace dédié à la défense des droits européens tout en redéfinissant les grandes lignes du projet (un volet social ?). Redonner l’envie d’Europe aux européens est la plus grandes des nécessités, au regard des résultats des élections européennes, doublé par un contexte de crise économique.
Les idées ne sont peut-être pas novatrices, mais elles ont le mérite d’aller dans le bon sens. L’Union Européenne a besoin d’une alternative socialiste, tout en comblant son besoin de se réinventer depuis les années 1980.

Pas évident qu’Angela l’entende de cette façon…