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Passe-temps

Où en sont les MOOC ?

Internet a engrangé depuis sa création un lot de révolutions pour ce qui est des communications et du commerce notamment. Pour ce qui est des services, les progrès et l’explosion du secteur est assez nouvelle. Il est aujourd’hui devenu commun de réserver un appartement ou un taxi en ligne. Les sciences économiques ont toujours considéré les services comme un élément difficilement délocalisable du fait qu’il s’agit de biens immatériels qui n’ont pas leur place sur les conteneurs de la mondialisation. Des phénomènes de fuites de cerveaux ont depuis longtemps existé tout en concernant des volumes d’étudiants finalement faibles, comparé à la masse estudiantine mondiale.

La liberté de suivre des cours prestigieux et un entrepreneuriat favorisé

En s’affranchissant de la contrainte du temps, Internet a réalisé un nouveau miracle. Les MOOC permettent à qui veut, de suivre n’importe quel cours, de n’importe quelle université à n’importe quelle heure. L’enseignement connait ainsi une nouvelle libéralisation qui permet à tout un chacun de suivre les cours des universités les plus prestigieuses ou de suivre une formation en parallèle de son travail quotidien. C’est un système éminemment libre dans la mesure où l’on peut suivre une partie du cursus et la reprendre plus tard sans être obligé de valider le diplôme.

Les MOOC ont un caractère professionnalisant et favorisent aussi l’entreprenariat en fournissant des cours de management aux personnes qui lancent leurs entreprises par exemple. Cela constitue l’un des usages mais il en existe une infinité : des femmes enceintes aux cadres en reconversion, chacun y trouve son intérêt. L’une des spécificités de ces cours est leur durée relativement courte puisque 80% d’entre eux durent moins de 8 semaines. Un facteur de mobilité sociale que le gouvernement français a cerné en lançant à l’automne dernier la plateforme compilant tous les CLOM (Cours en Ligne Ouvert et Massif) français : france-universite-numerique.fr. La France suit ainsi une tendance mondiale avec plus de 400 000 étudiants qui suivent près de 90 cours en ligne sur la plateforme gouvernementale en parallèle d’autres hébergeurs de CLOM comme openclassrooms ou Coursera qui offre la possibilité de se créer son propre cursus avec des professeurs de toute la planète.

Une promesse non tenue

Cette flexibilité très large comporte également des inconvénients et des lacunes. En effet, la majorité des étudiants ne terminent pas les cours qu’ils ont commencé, y assistent de manière sporadique et ne valident pas le cours à son terme. Il ne ressort pas un nombre suffisants de diplômés puisque plus de 60% ne vont pas au bout de leur programme. Cette formation à la carte rend difficile la pérennisation de certains cours dès lors que le nombre d’élèves fluctue et qu’ils n’aboutissent pas à un succès. Ce problème se fait ressentir depuis un moment, ce qui a conduit les universités les plus prestigieuses à rendre payant leurs MOOC pour s’assurer de l’assiduité des inscrits. L’objectif poursuivi est aussi de ne pas mobiliser un professeur pour les cours ayant le moins d’élèves et de diplômés. On observe bien que la frontière floue entre cours universitaire et formation professionnelle rend les MOOC instables. En dehors de la solution de la tarification, la restriction au nombre de places a aussi émergée avec les SPOC, Small Private Online Courses, qui sélectionnent les participants. Voici qu’après 7 ans d’existence l’utopie des MOOC se heurte à la réalité. La connaissance pour tous, n’importe où, n’importe quand n’a pas pu se mettre en place. Avec ces récents changements, qu’est-ce qui différencie encore les MOOC de l’enseignement à distance classique ? Internet et ses multiples métamorphoses ne nous ont pas encore tout dévoilés, c’est clair et net.

Moussa Koné

sources :
www.garage21.org/
www.jenzabar.com/MOOC
www.etudiant.lefigaro.fr/orientation

On a volé la coupe du monde !

 

« Perdre une coupe du monde : entre philatélie et religion »

Dimanche 20 mars 1966, Westminster Central Hall, Londres. Il est midi et l’agent de surveillance George Franklin va reprendre son poste dans une vaste pièce d’exposition où se tient depuis la veille la plus grande manifestation de philatélistes du pays. Des timbres rares, loufoques, chères, collectés partout dans le monde par des passionnés. La fondation Stanley Gibbons’ Stamp Company, a eu la chance d’avoir un met de choix pour son exposition : la vue du trophée Jules Rimet, que la Fifa a remis en début d’année à la Fédération anglaise de football et qui sera exposé pour quelques jours. Cette coupe qui représente Niké, la déesse grecque de la victoire, est remise depuis 1930 au vainqueur de la Coupe du monde de football. Propriété depuis 1958 du Brésil, le trophée s’apprête à être remis en jeu au mois de juillet de cette année 1966. En janvier, la Fédération se voit donc confier le trophée en sa qualité d’organisateur et doit logiquement le conserver précieusement jusqu’au début des festivités. Mais devant l’insistance des organisateurs de cette fameuse expo philatéliste (le lobby des timbres était assez puissant), les dirigeants anglais du foot finissent par céder et prêtent le précieux objet pour les quelques jours de la manifestation.

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Source :http://ici.radio-canada.ca/sujet/fifa-bresil-2014/2014/05/05/010-historique-mondial-1974.shtml 

A la recherche de l’« homme louche »

Pas de risque majeur : le trophée Jules Rimet a été placé dans une vitrine, sous la surveillance de cinq gardes, dont deux doivent être présents 24 heures sur 24 à portée de vue. Un dispositif pareil devant dérouter les voleurs. Le souci, c’est qu’en ce dimanche 20 mars, un office religieux doit se tenir au sein même de ce hall, avant que l’exposition n’ouvre ses portes au public. Alors pour respecter l’office (un « lobby » bien plus puissant que celui des timbres !) il est décidé de relâcher la surveillance des collections de timbres et du trophée Jules Rimet. Question de respect. Mais quand George Franklin va reprendre son service à la mi-journée une fois la messe terminée, c’est le drame : la Coupe du monde a disparu ! La police est prévenue et se rend immédiatement sur les lieux pour les premières constatations. La vitrine semble avoir été aisément forcée et une porte à l’arrière du bâtiment présente des traces de passage récent. Pas de témoin, seulement la description d’un homme « louche », aperçu par plusieurs personnes aux heures d’ouverture de l’exposition. Les descriptions divergent, mais un profil est identifié : homme, la trentaine, taille moyenne, cheveux noirs, lèvres minces, possible cicatrice sur le visage. Evidemment, Scotland Yard est chargé de l’enquête.

Une demande de rançon de 87 000 € !

La Fédération anglaise de football décide de se rendre chez un orfèvre de la ville, nommé George Bird, pour confectionner une réplique du trophée dans la plus grande discrétion (on ne sait jamais…). Logique, dirions-nous, la recherche de l’homme louche ne donnant rien et aucun indice n’a permis de retrouver la trace du maudit voleur. Jusqu’à ce que le lundi 21 mars, le président de la Football Association (la fédé anglaise de foot), Joe Mears, ne reçoive un coup de téléphone. À l’autre bout du fil : « Jackson ». « J’ai ce que vous cherchez », en ajoutant que « pour le retrouver, il faut suivre les instructions qui arriveront dans un colis livré au siège du club de Chelsea », dont Mears est aussi le président. Ne pas prévenir la police, bien entendu. Mears n’entend pas cette dernière instruction et déballe tout au directeur d’enquête, un certain Charles Buggy. Le colis arrive, avec une demande de rançon : 15 000 livres, 87 000 euros en billets de 1 et de 5. Puis « Jackson » rappelle : finalement, il veut la somme en billets de 5 et de 10 !

Course poursuite dans les rues de Londres

Buggy prend le relais de Mears. Le flic se fera passer pour un certain « McPhee », assistant du président de la fédération anglaise de football. « Jackson » finit par accepter la rencontre avec ce dénommé McPhee à Battersea Park le 25 mars. L’échange trophée contre rançon doit avoir lieu. À la place des 15 000 livres, de faux billets sont placés dans une valise avec quelques vrais sur le dessus pour faire croire au magot. Ce dernier récupère la valise, ne constate pas la supercherie, mais annonce à McPhee qu’il n’a pas la coupe avec lui. « Il faut prendre la voiture », dit-il. McPhee accepte, les deux hommes s’engagent dans la circulation londonienne, chacun avec sa voiture. Soudain, Jackson accélère et tente de semer McPhee. Bientôt bloqué par le trafic, il abandonne son véhicule et poursuit sa fuite à pied, mais il finit par être rattrapé par Buggy/McPhee. Direction le commissariat de Kennington où « Jackson » est démasqué. Son nom, c’est Edward Betchley, un ancien militaire britannique de la Seconde Guerre mondiale, vendeur de voitures d’occasion, petit délinquant de quartier. Le trophée Jules Rimet il ne l’a pas et ne l’a jamais volé ! Il était chargé de récupérer la rançon pour un commanditaire surnommé « The Pole ». Son témoignage apparaît peu crédible et toute l’enquête repart de zéro.
Le 27 mars, soit exactement une semaine après le vol, un jeune marin nommé David Corbett sort de son domicile du Sud londonien. Il a un coup de fil à passer à la cabine se trouvant au jardin public en bas de chez lui et en profite pour sortir son chien, Pickles. Ce dernier s’en va fureter dans le parc comme il en a l’habitude et pique de la truffe vers un bosquet. Curieux, son maître jette un œil dans la direction et s’aperçoit que git au sol un objet soigneusement emballé dans du papier journal. Bizarre, bizarre. « J’ai vu que c’était une sorte de statuette », racontera-t-il au Guardian en 2006. Je suis allé voir ma femme, qui n’y connaît rien en sport, et je lui ai dit : « J’ai trouvé la Coupe du monde ! J’ai trouvé la Coupe du monde !» À la Gypsy Hill Police Station de Crystal Palace où il se rend, on le pense d’abord coupable du vol. Mais le jour du rapt, il a un alibi. L’objet retrouvé est bel et bien identifié comme étant le trophée Jules Rimet.

Corbett, seul survivant : un maléfice ?

L’enquête se poursuit pour essayer de démasquer le ou les auteurs du vol, mais on ne saura finalement jamais comment le trophée s’est retrouvé dans ce parc, emballé dans du papier journal. Frustration du côté de Scotland Yard, soulagement du côté des organisateurs de la Coupe du monde et joie du côté de David Corbett, qui reçoit au total une récompense de 6 000 livres. Il est également invité avec son chien Pickles à la cérémonie de victoire de l’Angleterre, le 30 juillet face à l’Allemagne de l’Ouest (4-2). Le chien devient même un héros national l’espace de quelques mois. Une célébrité de courte durée : il meurt accidentellement dès 1967, s’étranglant avec sa propre laisse en voulant poursuivre un chat. Une sorte de malédiction entoure d’ailleurs cette fameuse histoire de vol de trophée. Le président de la Fédération Joe Mears, celui-là même qui avait reçu le coup de fil anonyme, meurt dès le 30 juin 1966 à 61 ans. La cause ? Une attaque cardiaque provoquée par un trop plein de stress lié aux dernières semaines, concluent les médecins. Le mythomane Edward Betchley disparaît lui aussi prématurément à 49 ans d’un emphysème, après avoir fait un peu de prison. Quant au trophée Jules Rimet, il est encore volé, et définitivement cette fois, le 19 décembre 1983 au siège de la Fédération brésilienne de football à Rio, où il était exposé (le trophée à la déesse Niké était propriété permanente du Brésil depuis la Coupe du monde 1970, l’actuel trophée doré avec le ballon signé de l’artiste italien Silvio Gazzaniga le remplaçant à partir de l’édition 1974). Protégé par une vitre pare-balle, il a été dérobé en forçant l’arrière de la cage en bois. Quatre hommes d’une favela de la ville seront arrêtés et condamnés, mais jamais on ne le retrouvera.Le plus probable est que le trophée a probablement été fondu peu après le vol. Il ne reste donc plus aujourd’hui que la réplique fabriquée à la hâte en ce 20 mars 1966 et exposé au National Football Museum de Preston.

La réaction à la censure pouvait être innovante en URSS

« Comment une radiographie permettait aux pirates d’écouter Elvis »

Comment écouter Elvis sous la dictature ?

La musique dans les années 1950-1960 était bien difficile à écouter dans la patrie du communisme. Comme le rappelle le magasine britannique Motherboard, repris par le journal Le Monde, la musique provenant des pays occidentalisés étaient censurée par le régime de Moscou, obligeant les pirates de l’époque à utiliser des radiographies pour écouter les albums de leurs artistes fétiches.

Quand on a Elvis en tête…

A l’instar des radios pirates issues du Royaume-Uni, ancrées dans les eaux internationales, symbolisé par le film « Good Morning England » sorti en 2009 s’inspirant de la célèbre radio Caroline, « ces drôles de pirates russes volaient des radiographies dans les hôpitaux, et gravaient grâce à des phonographes ainsi qu’en trouant les radios avec une cigarette ». Le site de Radio Nova, qui dédie aussi un article sur le sujet, explique que cela permettait aux pirates de contourner la censure du régime et de pouvoir écouter du jazz ou du rock. La musique occidentale était bel et bien censurée, mais pas les phonographes, utilisés ici comme nos graveurs modernes.
« Ainsi, avec Elvis sur le poumon, Duke entre les côtes, la musique pouvait circuler en très mauvaise qualité mais à un prix dix fois inférieur à celui des marchés occidentaux. Aujourd’hui, il reste de cette période ces radios que l’on pourrait considérer comme des œuvres d’art. »

La censure a évolué sans forcément changer

La censure, bien qu’ayant considérablement évolué, reste très présente dans nos sociétés actuelles. Elle s’est juste métamorphosée en gardant parfois ses ressors politiques. Au Canada, la Loi de la radiodiffusion stipule qu’on « ne doit pas entendre à la radio ou à la télévision des propos indûment explicites ou grossiers ». L’interdiction n’est pas stricte et il est possible de faire usage de mots grossiers dans certaines situations. Aux États-Unis, où la loi est similaire, la Cour suprême a jugé que le monologue de l’humoriste Georges Carlin, qui notait l’absence de sept mots choquants à la télévision en les énumérant, était indécent, mais pas obscène. Il a finalement été diffusé.

En France, un clip du groupe les Wampas a été censuré au début des années 2000. La chanson en question est intitulée « Chirac en prison », faisant référence aux divers scandales du président de la république, notamment l’affaire des emplois fictifs du RPR.
Par ailleurs, le clip « Black or White » de Michael Jackson a été censuré en 2009 car le king of the pop avait une trop grande propension à se toucher l’entre-jambe, pourtant une marque de fabrique de l’artiste. Dans la même lignée, toujours aux Etats-Unis, rappelons que le dernier clip de Lady Gaga intitulé « do what u want » a été censuré en décembre 2013. La chanteuse est en effet vêtue de son plus simple appareil.

Fakear : histoire et actualité d’un jeune artiste caennais

Elégante et tranquille, l’électro gigantesque d’un Français, fils de deux profs de musique, qui a déjà la technique et le talent des plus grands.

Cet étudiant en musicologie s’inspire de ses aînés, sur les pas de Flying Lotus et Bonobo. Avec « Dark Lands », son EP (extended play), le caennais mise sur une musique toujours plus douce sans perdre sa tonalité rythmique.
Une performance réussie grâce une électro revisitée 2.0. La triplette machines, samples, pads permet à Fakear de proposer une musique très originale et très construite.
Ses titres sont dotés d’une fulgurance hors du commun, très rare chez un jeune artiste, français de surcroît, symbolisé par « When the Night Comes », son titre hybride sorti sur l’EP Morning in Japan. Ou encore le titre « Damas » avec de formidables mélodies, passionnantes à analyser dans sa construction.

Fakear

Cette sensibilité pour la musique du monde se ressent également avec la parution de son nouvel EP : « Sauvage », dont le morceau Darjeeling, aux sonorités indiennes, révèle le goût de ce jeune garçon pour des sons et des cultures à la fois diverses et variées.
On y retrouve un morceau hors du commun, à la limite du génie, « La lune rousse » : un voyage dans l’imaginaire orchestré à la perfection, entre douceur, technique et esthétisme. On pourrait réécouter ses chansons une cinquantaine de fois en découvrant à chaque fois de nouvelles subtilités.
Il est rare de trouver une telle finesse dans la conception musicale d’une chanson, surtout pour quelqu’un de moins de 25 ans. Une véritable invitation au voyage.

Quel talent, pour un jeune homme encore étudiant…

James Blake : Entre rythmique novatrice et gestion du silence

Ces deux dernières années ont vu l’explosion de nombreux nouveaux talents tant dans l’univers de l’electro-dance que dans celui des auteurs-compositeurs-interprètes à tendance introspective ultra-sensible. Jusqu’alors, bien évidemment, les deux styles avaient évolué chacun de leur côté, sans jamais se rencontrer. Mais les choses sont en train de changer. Grâce à une production électronique tout en émotions, et tout aussi personnelle et passionnée que sa voix et ses textes, James Blake est en train de se faire une place unique dans le monde de la musique.

Lorsqu’il va pour la première fois à la soirée londonienne de dubstep FWD>> en 2007, James n’est encore qu’un adolescent. Il a déjà assisté à plusieurs soirées drum ’n’ bass avec des copains d’école, mais la musique qu’il entend ce soir-là et l’ambiance qu’elle génère sont une première pour lui. C’est ce que James attendait depuis toujours, bien qu’il ne l’ait jamais su. C’est grâce à cette révélation dans la cave du club Plastic People à Soreditch (quartier de Londres) que James deviendra qui il est aujourd’hui : un jeune compositeur de 22 ans très sûr de lui, dont les morceaux extraordinaires ne se contentent pas d’abattre les barrières existant entre les genres, mais en font fi pour créer un genre de pop entièrement nouveau, qui en induira plus d’un en erreur  sur le jeune age de son auteur.

Bien que vaguement liées à l’avant-garde de l’éléctro contemporaine, les chansons de James possèdent une grâce et une profondeur d’âme hors du commun. Qu’elle soit destinée aux soirées FWD>>, ou à chavirer les cœurs et à titiller les oreilles comme le nouveau single « Limit to Your Love », la musique de James se caractérise par son aspect ludique, son

Incroyable honnêteté et sa grande humanité. Ce qui, malgré son statut de DJ ultra sollicité, fait de lui l’égal de ses contemporains Bon Iver, Laura Marling ou The XX.

Mais au-delà de tout cela, c’est l’aspect novateur de la musique de James qui fait sensation : ces sons, cette voix, ce silence, ce rythme (ou son absence), cette attente, cette tension… Il faut connaître les règles pour pouvoir les enfreindre avec tant de conviction, et en osant affirmer sa différence, James se démarque nettement de ses pairs. Vous vous souviendrez sans aucun doute de l’endroit où vous vous trouviez quand vous avez entendu des titres comme « Limit to Your Love » ou « I Never Learnt to Share » pour la première fois.

Le premier album éponyme de James Blake, disponible dès le 7 février 2011, a rencontré un immense succès.
Le second, « Overground », sorti en 2013, devrait signer l’apogée de ce jeune artiste britannique de moins de trente ans.

La bouteille du grand large

Dans le Nord-est du pacifique, entre la Californie et Hawaï, les déchets produits par les activités humaines et déversés dans les océans sont acheminés par les courants marins vers un nouveau « continent » dont la taille atteint près de 3,5 millions de km² !

Ce continent qui représente un tiers des Etats-Unis ou bien six fois la France laisse dans notre inconscient l’image d’un bloc, compacte, naviguant en mer au gré des marées, de la houle et des courants.  En réalité, il s’articule plutôt comme une immense soupe dans laquelle patauge une quantité quasi innombrable de déchets.

« L’image d’un continent sert à sensibiliser le grand public, mais ne rend pas compte de la réalité », explique François Galgani, océanographe et chercheur spécialiste des déchets à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) dans un entretien accordé au journal Le Monde. «  Il s’agit plutôt d’une multitude de micro-plastiques, d’un diamètre inférieur à 5 mm, en suspension à la surface ou jusqu’à 30 mètres de profondeur, difficiles à voir de loin. Mais quand on puise dans l’eau, on en remonte une quantité impressionnante. »

En 1997, le capitaine Charles Moore fut le premier à découvrir cette zone de l’océan Pacifique où les déchets plastiques flottants s’accumulent.  Les observations effectuées depuis plus de 15 ans par l’Algalita Marine Research Foundation, sous l’effet des courants marins, les déchets provenant des littoraux et des navires, flottent pendant des années avant de se concentrer dans deux larges zones connues sous les noms de « Plaque de déchets du Pacifique est » (Eastern Pacific Garbage Patches) et « Plaque de déchets du Pacifique ouest » (Western Pacific Garbage Patches).

 Ces deux plaques forment la « Grande plaque de déchets du Pacifique » (Great Pacific Garbage Patch), un monstre dont la taille aurait déjà triplé depuis les années 90. Les observation de l’IFREMER ont révélé que l’océan  pourrait être composée de 750 000 débris par km² ; Greenpeace évoquait même fin 2006 près d’un million de déchets par km² dans son rapport sur les débris plastiques et la pollution des océans. Chris Parry, chef de programme d’éducation du public, de la California Coastal Commission of San Francisco, depuis plus de 50 ans,  « les déchets tourbillonneraient sous l’effet du gyre subtropical du Pacifique Nord (North Pacific Gyre) et s’accumulent dans cette zone peu connue : peu de routes commerciales et peu de bateaux de pêches l’empruntent ».
Voilà pourquoi tant de temps s’est écoulé avant de rencontrer ce nouveau continent de plastique.

Si les ONG telles que Greenpeace ou Friend of The Earth s’indignent du peu d’écho ainsi que du peux d’action mis en place par la communauté internationale, plusieurs projets sont à l’étude.

Michel Loudry, directeur général de PlasticsEurope a rappelé la nécessité de trouver d’autres solutions pour diminuer leur rejet. En première ligne : le recyclage. Chaque année, en France, plus de 500 millions de tonnes de déchets plastiques sont recyclées sur 3 milliards de tonnes produites. Ces matières peuvent également être transformées en source d’énergie, ou fabriquées de façon à éviter la perte de granulés au moment de la dégradation.

Dans le domaine privé,  l’entreprise Ecover a lancé une vaste opération de collecte des déchets plastiques marins visant la conception d’une nouvelle gamme de bouteille.

Dans une étude conjointe récemment publiée et repris par le site Bionews.tv, 16 instituts de recherche européens renommés, parmi lesquels l’Université de Gand, ont entrepris de « mettre sur carte la pollution humaine des océans ». Les conclusions sont sans appel : les déchets humains sont « partout, du bord des plages aux fonds des océans ». Ecover, spécialiste du nettoyage écologique, a officialisé la mise en circulation de la toute première bouteille réalisée à base de 10% de plastique repêché dans les mers. Durant cette phase, la nouvelle bouteille est produite en tirage limité et Ecover aspire à élargir la production dans le futur, de manière à ce que l’impact positif du projet prenne une plus grande ampleur et qu’il y ait suffisamment de bouteilles en Belgique afin de les commercialiser.

La démarche découle d’une initiative commune entre Ecover et quelques sociétés novatrices et actives dans la conservation marine et le monde des emballages. En utilisant des bateaux de pêche équipés de technologies de pointe, le projet « pêche du jour » de Waste Free Oceans « rémunère des pêcheurs européens pour collecter de deux à huit tonnes de déchets en plastique afin de les nettoyer et  les recycler ». Les déchets sont ensuite envoyés au site Closed Loop Recycling (recyclage Circuit Fermé) où ils ont été produits et transformés en plastique ; qui sera utilisé par Logoplast pour fabriquer les nouvelles bouteilles Ecover.

L’article de Bionews.tv rappelle que « l’objectif final de la société est de créer des conditions qui permettent un nettoyage systématique des nombreux déchets marins. La réduction des déchets plastiques fera non seulement le bonheur des poissons et mammifères marins, mais aura aussi un impact sur nous, humains, car elle réduira le niveau des micro-plastiques présents dans les produits alimentaires et les boissons ».

Autrement dit, plus de poisson, moins de plastique.

Traumer : prochain phénomène techno de la scène française ?

Au diable les préjugés sur la techno viking des temps modernes, les années 90 c’est fini : back to the future. Exit la violence stridente griffée de Gesaffelstein et coup de projecteur sur les actualités et nouveautés de la scène techno française actuelle. Bien trop souvent réduite à son aspect répétitif et marginalisée à la violence de ses sirènes, la techno est un style musical qui divise depuis de nombreuses années. Certains jeunes producteurs s’affairent néanmoins à redorer le blason et rendre les lettres de noblesse à ce style musical trop souvent négligé en cassant les codes du genre. Leurs productions s’appuient sur un côté plus mélodieux. Romain Poncet fait partie de ses jeunes producteurs talentueux qui, par passion pour la musique et les douces notes, rend à la techno ce qui lui manquait depuis quelque temps : une âme. Plus connu sous le nom de scène « Traumer », ce français signé sur le prestigieux label Skryptöm construit son univers autour duquel gravitent plusieurs inspirations, il en résulte un savant mélange de techno-deep house à l’accent mélodique pour le moins prononcé, saveur musicale assurée.

L’univers visuel finement exécuté du jeune compositeur et producteur semble s’implanter. Clin d’œil aux images de Slow Run sur lesquelles plane assurément une aura artistique et poétique. Il raconte :  « Tout a commencé quand on a eu le premier PC à la maison.  » Mine de rien, il s’impose actuellement sur la scène techno française.

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Romain Poncet est peut-être jeune mais il sait accorder sa confiance aux bonnes personnes et s’entourer comme il se doit. En témoigne le résultat des collaborations avec les différents réalisateurs de ses clips à l’occasion de la sortie de son dernier ep, le reflet d’une excellente maîtrise de son image. On retrouve le duo Julien Soulier & Adrien Landre à la réalisation du clip de Innocent, épique bataille livrée entre deux vieux seigneurs des pistes de bowling dans la quête du saint graal. Pour Slow Run, Romain a fait appel à la talentueuse Elisabeth Vogler, un pari risqué mais réussi avec une introduction qui ferait quasiment office de court-métrage dans le clip. Le travail visuel saccompagne dun énorme travail autour du storytelling. Slow Run témoigne d’ailleurs de cette attention avec comme acteur et personnage principal nul autre que Romain Poncet lui-même, une implication sur tous les fronts qui l’entraîne jusqu’à incarner sa musique à l’écran. Populaire mais jamais vulgaire, les clips ne tombent jamais dans l’excès, un travail d’équilibriste auquel Romain est habitué dans ses productions.

La parution de son dernier album, « Takt », sorti le 2 juin 2014, produit par l’allemand Stephan Bodzin, a déjà rencontré un franc succès dans le milieu de la techno. Cet album compte quelques chevauchées intenses comme le titre Takt – 14 minutes – aux notes jazz bancales et Marion, grand voyage méditatif et synthétique de 25 minutes, à la dramaturgie passionnante. Ou encore Quantum, qui mêle techno progressive et chant du monde.

Ce disque, qui ne sort qu’en digital, compile ainsi des tracks produits sur les trois dernières années. Si l’album manque d’un fil conducteur, on y ressent aussi, et c’est une bonne chose, toute la jeunesse et la fraîcheur de Traumer, ses désirs et son originalité. Une belle entrée en matière donc pour découvrir cet hyper-productif, qui signe aussi une techno plus radicale sous l’alias Roman Poncet – avec plus plusieurs maxis sur le label de Len Faki – et qui fait partie du trio Möd3rn (avec Electric Rescue et Maxime Dangles).

Les émissions politiques : paillettes et démocratie

La fin de l’année a été l’occasion pour François Hollande de se livrer au traditionnel exercice des vœux présidentiels télévisés initiés par de Gaulle en son temps. Cependant, si voir « le Général » palabrer à la télévision était un spectacle que personne ne voulait rater, l’audience en baisse des vœux de Nouvel An du Président de la République, suivis cette année par 10 millions de spectateurs, semblent consacrer le déclin d’une certaine forme de communication. Comment faire passer un message politique dans le monde de Sébastien Cauet ?

Vœux du 31 décembre 2013 de François Hollande
Vœux du 31 décembre 2013 de François Hollande

 

De « l’âge d’or » au déclin

A la télévision, l’émission politique est une mission de service public. Pourtant, tous les journalistes le savent, si elle apporte beaucoup de prestige au chanceux qui la présente, ce type de programme ne récupère que peu d’audience. En effet, les français désertent de plus en plus les chaînes à l’heure de ces émissions et, à titre d’exemple, les apparitions du président Hollande récoltent généralement de maigres audiences de 30 à 40%. L’analyse d’Alain Duhamel semble donc se confirmer : « à la télévision, la politique se trouve désormais au purgatoire et il n’est pas exclu qu’elle descende aux enfers ».
En matière de télévision, les hommes de gouvernement ont très tôt su apprécier l’utilité des émissions politiques. En dehors des exemples, ressassés à l’envie dans les amphis de Science Po ou de l’ESJ, des fameux débats présidentiels de Kennedy ou Mitterrand, on peut également citer la mainmise du général de Gaulle sur la télévision française des années soixante et ses interviews policés avec un Michel Droit dont l’allégeance était connue.
Avec Giscard d’Estaing apparait réellement l’émission politique télévisée dans sa forme classique, avec différents partis réunis sur un même plateau ; c’est l’époque que certains nostalgiques nomment « l’âge d’or » et rappellent de leurs vœux. Cette époque prend fin au début des années 90 avec l’apparition d’émissions plus orientées vers le grand public.
On perçoit dans ce changement l’éternel dilemme des journalistes politiques, tiraillés entre leur souhait de se voir en « décodeurs de la réalité » assumant une « fonction éducative » (Rémy Rieffel) et l’envie qu’on reconnaisse leur niveau d’expertise par des débats d’une haute technicité.

Divertissements et débats

Ainsi, alors que les émissions politiques disparaissent les unes après les autres à partir du début des années 1990 jusqu’à maintenant, la parole politique, cherchant une nouvelle caisse de résonnance, s’adapte et se déplace d’un plateau de télévision à un autre, celui des émissions de divertissement, contribuant ainsi à une « désacralisation » de l’homme politique qui devient un amuseur parmi d’autres (on se souvient, par exemple, des shows Patrick Sébastien/Jack Lang). Les chaînes de télévisions pensent ainsi avoir trouvé un compromis entre leur mission de service publique et la loi commerciale de la course à l’audience.

Les présentateurs d’émissions de variété comme Michel Drucker prennent ainsi une plus grande importance, bien qu’ils soient toujours considérés de haut par la classe des journalistes politiques qui diminue comme peau de chagrin. Une « feuilletonisation » de l’information se met en place : on recherche la petite phrase qui créera la polémique ; les hommes politiques se plaisent à ce jeu, suivant ainsi le conseil de Leon Zitrone « qu’on parle de moi en bien ou mal, peu m’importe. L’essentiel c’est qu’on parle de moi » !

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Il en résulte un problème de dialogue entre électeurs et élus.L’avènement d’Internet, et notamment des réseaux sociaux, ainsi que la multiplication de l’offre télévisée a multiplié la vitesse de l’information et la capacité du public à s’informer sur des sources toujours plus nombreuses et variées. Les français sont donc plus proches de l’information qu’avant. Partant de cette nouvelle donne, une nouvelle stratégie, apparue dès 2001, consiste alors à coller une courte émission politique juste après le journal télévisé et a en « accélérer le contenu » par des duplex et des reportages. L’émission politique rentre ainsi de plain-pied dans le règne de l’immédiateté avec son incessant renouvellement de thèmes. Le public en revanche disparaît des émissions politiques ou se trouve réduit à la portion congrue afin de ne pas en perturber le rythme.

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Afin de se sortir de l’impasse du « divertissement politique », le téléspectateur assiste peu à peu à une réappropriation de l’émission politique classique par les journalistes, à savoir un dialogue journaliste/politicien dont le rythme est cependant plus soutenu qu’auparavant du fait la rapidité de circulation de l’information. Même les émissions à vocation de divertissement ont subi cette influence et se sont vus forcées à gagner en sérieux dans leur rapport avec les politiciens. L’émission politique parvient donc aujourd’hui à retrouver une seconde jeunesse au travers du talk-show de type « sociétal ». Devant cette évolution, on comprend donc le peu de succès de la traditionnelle allocution présidentielle de fin d’année, dont le public ne découvre le contenu que par les polémiques et débats qu’il suscite après coup sur les plateaux d’Olivier Mazerolle ou Maïtena Biraben.

Raphaël B.