James Blake : Entre rythmique novatrice et gestion du silence

Ces deux dernières années ont vu l’explosion de nombreux nouveaux talents tant dans l’univers de l’electro-dance que dans celui des auteurs-compositeurs-interprètes à tendance introspective ultra-sensible. Jusqu’alors, bien évidemment, les deux styles avaient évolué chacun de leur côté, sans jamais se rencontrer. Mais les choses sont en train de changer. Grâce à une production électronique tout en émotions, et tout aussi personnelle et passionnée que sa voix et ses textes, James Blake est en train de se faire une place unique dans le monde de la musique.

Lorsqu’il va pour la première fois à la soirée londonienne de dubstep FWD>> en 2007, James n’est encore qu’un adolescent. Il a déjà assisté à plusieurs soirées drum ’n’ bass avec des copains d’école, mais la musique qu’il entend ce soir-là et l’ambiance qu’elle génère sont une première pour lui. C’est ce que James attendait depuis toujours, bien qu’il ne l’ait jamais su. C’est grâce à cette révélation dans la cave du club Plastic People à Soreditch (quartier de Londres) que James deviendra qui il est aujourd’hui : un jeune compositeur de 22 ans très sûr de lui, dont les morceaux extraordinaires ne se contentent pas d’abattre les barrières existant entre les genres, mais en font fi pour créer un genre de pop entièrement nouveau, qui en induira plus d’un en erreur  sur le jeune age de son auteur.

Bien que vaguement liées à l’avant-garde de l’éléctro contemporaine, les chansons de James possèdent une grâce et une profondeur d’âme hors du commun. Qu’elle soit destinée aux soirées FWD>>, ou à chavirer les cœurs et à titiller les oreilles comme le nouveau single « Limit to Your Love », la musique de James se caractérise par son aspect ludique, son

Incroyable honnêteté et sa grande humanité. Ce qui, malgré son statut de DJ ultra sollicité, fait de lui l’égal de ses contemporains Bon Iver, Laura Marling ou The XX.

Mais au-delà de tout cela, c’est l’aspect novateur de la musique de James qui fait sensation : ces sons, cette voix, ce silence, ce rythme (ou son absence), cette attente, cette tension… Il faut connaître les règles pour pouvoir les enfreindre avec tant de conviction, et en osant affirmer sa différence, James se démarque nettement de ses pairs. Vous vous souviendrez sans aucun doute de l’endroit où vous vous trouviez quand vous avez entendu des titres comme « Limit to Your Love » ou « I Never Learnt to Share » pour la première fois.

Le premier album éponyme de James Blake, disponible dès le 7 février 2011, a rencontré un immense succès.
Le second, « Overground », sorti en 2013, devrait signer l’apogée de ce jeune artiste britannique de moins de trente ans.

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La bouteille du grand large

Dans le Nord-est du pacifique, entre la Californie et Hawaï, les déchets produits par les activités humaines et déversés dans les océans sont acheminés par les courants marins vers un nouveau « continent » dont la taille atteint près de 3,5 millions de km² !

Ce continent qui représente un tiers des Etats-Unis ou bien six fois la France laisse dans notre inconscient l’image d’un bloc, compacte, naviguant en mer au gré des marées, de la houle et des courants.  En réalité, il s’articule plutôt comme une immense soupe dans laquelle patauge une quantité quasi innombrable de déchets.

« L’image d’un continent sert à sensibiliser le grand public, mais ne rend pas compte de la réalité », explique François Galgani, océanographe et chercheur spécialiste des déchets à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) dans un entretien accordé au journal Le Monde. «  Il s’agit plutôt d’une multitude de micro-plastiques, d’un diamètre inférieur à 5 mm, en suspension à la surface ou jusqu’à 30 mètres de profondeur, difficiles à voir de loin. Mais quand on puise dans l’eau, on en remonte une quantité impressionnante. »

En 1997, le capitaine Charles Moore fut le premier à découvrir cette zone de l’océan Pacifique où les déchets plastiques flottants s’accumulent.  Les observations effectuées depuis plus de 15 ans par l’Algalita Marine Research Foundation, sous l’effet des courants marins, les déchets provenant des littoraux et des navires, flottent pendant des années avant de se concentrer dans deux larges zones connues sous les noms de « Plaque de déchets du Pacifique est » (Eastern Pacific Garbage Patches) et « Plaque de déchets du Pacifique ouest » (Western Pacific Garbage Patches).

 Ces deux plaques forment la « Grande plaque de déchets du Pacifique » (Great Pacific Garbage Patch), un monstre dont la taille aurait déjà triplé depuis les années 90. Les observation de l’IFREMER ont révélé que l’océan  pourrait être composée de 750 000 débris par km² ; Greenpeace évoquait même fin 2006 près d’un million de déchets par km² dans son rapport sur les débris plastiques et la pollution des océans. Chris Parry, chef de programme d’éducation du public, de la California Coastal Commission of San Francisco, depuis plus de 50 ans,  « les déchets tourbillonneraient sous l’effet du gyre subtropical du Pacifique Nord (North Pacific Gyre) et s’accumulent dans cette zone peu connue : peu de routes commerciales et peu de bateaux de pêches l’empruntent ».
Voilà pourquoi tant de temps s’est écoulé avant de rencontrer ce nouveau continent de plastique.

Si les ONG telles que Greenpeace ou Friend of The Earth s’indignent du peu d’écho ainsi que du peux d’action mis en place par la communauté internationale, plusieurs projets sont à l’étude.

Michel Loudry, directeur général de PlasticsEurope a rappelé la nécessité de trouver d’autres solutions pour diminuer leur rejet. En première ligne : le recyclage. Chaque année, en France, plus de 500 millions de tonnes de déchets plastiques sont recyclées sur 3 milliards de tonnes produites. Ces matières peuvent également être transformées en source d’énergie, ou fabriquées de façon à éviter la perte de granulés au moment de la dégradation.

Dans le domaine privé,  l’entreprise Ecover a lancé une vaste opération de collecte des déchets plastiques marins visant la conception d’une nouvelle gamme de bouteille.

Dans une étude conjointe récemment publiée et repris par le site Bionews.tv, 16 instituts de recherche européens renommés, parmi lesquels l’Université de Gand, ont entrepris de « mettre sur carte la pollution humaine des océans ». Les conclusions sont sans appel : les déchets humains sont « partout, du bord des plages aux fonds des océans ». Ecover, spécialiste du nettoyage écologique, a officialisé la mise en circulation de la toute première bouteille réalisée à base de 10% de plastique repêché dans les mers. Durant cette phase, la nouvelle bouteille est produite en tirage limité et Ecover aspire à élargir la production dans le futur, de manière à ce que l’impact positif du projet prenne une plus grande ampleur et qu’il y ait suffisamment de bouteilles en Belgique afin de les commercialiser.

La démarche découle d’une initiative commune entre Ecover et quelques sociétés novatrices et actives dans la conservation marine et le monde des emballages. En utilisant des bateaux de pêche équipés de technologies de pointe, le projet « pêche du jour » de Waste Free Oceans « rémunère des pêcheurs européens pour collecter de deux à huit tonnes de déchets en plastique afin de les nettoyer et  les recycler ». Les déchets sont ensuite envoyés au site Closed Loop Recycling (recyclage Circuit Fermé) où ils ont été produits et transformés en plastique ; qui sera utilisé par Logoplast pour fabriquer les nouvelles bouteilles Ecover.

L’article de Bionews.tv rappelle que « l’objectif final de la société est de créer des conditions qui permettent un nettoyage systématique des nombreux déchets marins. La réduction des déchets plastiques fera non seulement le bonheur des poissons et mammifères marins, mais aura aussi un impact sur nous, humains, car elle réduira le niveau des micro-plastiques présents dans les produits alimentaires et les boissons ».

Autrement dit, plus de poisson, moins de plastique.

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Traumer : prochain phénomène techno de la scène française ?

Au diable les préjugés sur la techno viking des temps modernes, les années 90 c’est fini : back to the future. Exit la violence stridente griffée de Gesaffelstein et coup de projecteur sur les actualités et nouveautés de la scène techno française actuelle. Bien trop souvent réduite à son aspect répétitif et marginalisée à la violence de ses sirènes, la techno est un style musical qui divise depuis de nombreuses années. Certains jeunes producteurs s’affairent néanmoins à redorer le blason et rendre les lettres de noblesse à ce style musical trop souvent négligé en cassant les codes du genre. Leurs productions s’appuient sur un côté plus mélodieux. Romain Poncet fait partie de ses jeunes producteurs talentueux qui, par passion pour la musique et les douces notes, rend à la techno ce qui lui manquait depuis quelque temps : une âme. Plus connu sous le nom de scène « Traumer », ce français signé sur le prestigieux label Skryptöm construit son univers autour duquel gravitent plusieurs inspirations, il en résulte un savant mélange de techno-deep house à l’accent mélodique pour le moins prononcé, saveur musicale assurée.

L’univers visuel finement exécuté du jeune compositeur et producteur semble s’implanter. Clin d’œil aux images de Slow Run sur lesquelles plane assurément une aura artistique et poétique. Il raconte :  « Tout a commencé quand on a eu le premier PC à la maison.  » Mine de rien, il s’impose actuellement sur la scène techno française.

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Romain Poncet est peut-être jeune mais il sait accorder sa confiance aux bonnes personnes et s’entourer comme il se doit. En témoigne le résultat des collaborations avec les différents réalisateurs de ses clips à l’occasion de la sortie de son dernier ep, le reflet d’une excellente maîtrise de son image. On retrouve le duo Julien Soulier & Adrien Landre à la réalisation du clip de Innocent, épique bataille livrée entre deux vieux seigneurs des pistes de bowling dans la quête du saint graal. Pour Slow Run, Romain a fait appel à la talentueuse Elisabeth Vogler, un pari risqué mais réussi avec une introduction qui ferait quasiment office de court-métrage dans le clip. Le travail visuel saccompagne dun énorme travail autour du storytelling. Slow Run témoigne d’ailleurs de cette attention avec comme acteur et personnage principal nul autre que Romain Poncet lui-même, une implication sur tous les fronts qui l’entraîne jusqu’à incarner sa musique à l’écran. Populaire mais jamais vulgaire, les clips ne tombent jamais dans l’excès, un travail d’équilibriste auquel Romain est habitué dans ses productions.

La parution de son dernier album, « Takt », sorti le 2 juin 2014, produit par l’allemand Stephan Bodzin, a déjà rencontré un franc succès dans le milieu de la techno. Cet album compte quelques chevauchées intenses comme le titre Takt – 14 minutes – aux notes jazz bancales et Marion, grand voyage méditatif et synthétique de 25 minutes, à la dramaturgie passionnante. Ou encore Quantum, qui mêle techno progressive et chant du monde.

Ce disque, qui ne sort qu’en digital, compile ainsi des tracks produits sur les trois dernières années. Si l’album manque d’un fil conducteur, on y ressent aussi, et c’est une bonne chose, toute la jeunesse et la fraîcheur de Traumer, ses désirs et son originalité. Une belle entrée en matière donc pour découvrir cet hyper-productif, qui signe aussi une techno plus radicale sous l’alias Roman Poncet – avec plus plusieurs maxis sur le label de Len Faki – et qui fait partie du trio Möd3rn (avec Electric Rescue et Maxime Dangles).

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Necotrans : une implantation historique en Afrique

Dossier Spécial Afrique, Le PointL’hebdomadaire Le Point consacrait son numéro de jeudi dernier au « grand réveil » de l’Afrique, fustigeant des français dans le « deni », qui, par « paresse intellectuelle » ou « ethnocentrisme crasse », refuseraient la réalité de ce « boom économique » quand les chinois ou autres, seraient bien plus en avance. C’est sans prendre en compte la réalité des implications sociales et environnementales des investissements chinois en Afrique.

Face à ces généralités caractéristiques, réhabilitons un peu la présence de l’industrie française en Afrique.

Comme le souligne l’un des auteurs du dossier spécial du Point, en 2040, les ports africains assureront le transit de plus de 2 milliards de tonnes de marchandises par an, soit à peu près la même quantité que celles transportées par les ports américains en 2012. Et cela, l’entreprise familiale de logistique fondée en 1985 par Richard Talbot, Necotrans, l’avait anticipé, en se positionnant dès ses débuts sur le marché africain.

Necotrans, avec ses 950 millions d’euros de chiffre d’affaires, et à sa tête Grégory Quérel, est en passe de lancer des investissements importants dans l’exploitation des ports stratégiques africains, notamment au Sénégal et au Cameroun. Les projets du français s’inscrivent dans cette dynamique de réappropriation de l’économie africaine par sa population, en privilégiant l’emploi local et en tissant systématiquement des partenariats avec les compagnies nationales.

Fin 2013, Necotrans signait avec le Port Autonome de Dakar un contrat de modernisation avec un investissement prévu dvue-aerienne-du-port-de-dakare 74 millions d’euros. Le groupe promet de générer des emplois stables sur Dakar tout en améliorant les équilibres sociaux et environnementaux. Plus récemment on apprenait que Necotrans faisait partie des cinq entreprises retenues par le gouvernement camerounais pour obtenir la gestion du terminal à conteneurs en eaux profondes de Kribi. Le PDG Grégory Quérel y voit en effet « le port de l’avenir pour le Cameroun ».

Ce qui est sûr, c’est que la stratégie du fondateur de l’entreprise, Richard Talbot, qui a misé dès l’origine sur le développement des infrastructures en Afrique, porte ses fruits à l’heure de ce « boom économique » africain.

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Tendances santé 2014

Il est temps de rebooster ceux qui ont pris de nouvelles résolutions de santé pour l’année 2014 et pour convaincre d’autres qu’il n’est pas trop tard de faire de petits efforts pour de grands résultats. Nous avons tous envisagé de manger plus léger, moins gras, de commencer à cuisiner, de manger bio, de faire plus de sport ou de manger des fruits et légumes tous les jours. Néanmoins, une grande majorité d’entre nous commence à relâcher les efforts. Tenez bon !! Avec un récapitulatif des grandes tendances santé 2014, nous arriverons à vaincre ces petits bourrelets et nous armer des dernières tendances gastronomiques, sportives et de santé pour être au top de la forme au printemps.

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Image: lapresse.ca

Simplicité et mieux être

Manger sainement ne doit pas devenir une obsession. Diverses tendances dont les cures de détox et les régimes spécialisés ont influencé les habitudes mais il faut faire preuve de bon sens en 2014. La simplicité dans l’assiette nous garantira des repas équilibrés. Le choix des produits est au cœur des nouvelles tendances. Pour ravir vos papilles, mangez des légumes et fruits de saison, des produits frais, variés et surtout locaux.

Quelques exemples de produits que nous retrouverons dans les assiettes cette année sont : le quinoa et le Kale, un genre de chou d’une variété ancienne. Le fait maison et la consommation des produits locaux sont aussi des modes qui ne cachent que des bienfaits. Le but est de pouvoir manger ce que nous souhaitons mais en proportions raisonnables et adaptées à notre activité journalière.

Après le réconfort, l’effort !

Pratiquer une activité physique est plus que primordial pour être en forme physiquement et psychologiquement. Très souvent, la motivation n’aboutit pas forcément à une séance de gym ou de jogging. Pour votre plus grand bonheur, les grands créateurs de mode ont démontré le grand retour des baskets sur les podiums de la Fashion Week que ce soit aux Etats Unis ou en France. En plus d’être dans une tenue confortable et branchée, vous pourrez désormais faire votre footing tout en gardant votre dignité de fashionista et ainsi garder la forme.

Quelques activités sportives qui peuvent vous séduire cette année sont : l’aquazumba, le crossfit, le yoga, le jogging-poussette pour les mamans, le vélo en salle de sport ou à l’extérieur entre autres. Le collectif prime globalement sur le sport individuel, de quoi vous motiver à rencontrer de nouvelles personnes tout en gardant la forme. Pour les plus timides, les offres poussent sur le web 2.0 avec des coachs sportifs en ligne. Il y a aussi l’option de cotiser avec des copines pour avoir un coach sportif juste pour vous.

Un esprit sain dans un corps sain

Il faut aussi être optimiste, positiver et surtout relativiser. Tout est une question d’équilibre. On n’est par exemple pas obligé de manger uniquement bio pour être en forme. Il y a des petites habitudes qu’il faut garder comme prendre un petit déjeuner équilibré pour bien commencer la journée ou privilégier la marche à pied au lieu de toujours prendre sa voiture ou les transports en communs pour de courtes distances. Et enfin arrêtez de fumer !!

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Les émissions politiques : paillettes et démocratie

La fin de l’année a été l’occasion pour François Hollande de se livrer au traditionnel exercice des vœux présidentiels télévisés initiés par de Gaulle en son temps. Cependant, si voir « le Général » palabrer à la télévision était un spectacle que personne ne voulait rater, l’audience en baisse des vœux de Nouvel An du Président de la République, suivis cette année par 10 millions de spectateurs, semblent consacrer le déclin d’une certaine forme de communication. Comment faire passer un message politique dans le monde de Sébastien Cauet ?

Vœux du 31 décembre 2013 de François Hollande
Vœux du 31 décembre 2013 de François Hollande

 

De « l’âge d’or » au déclin

A la télévision, l’émission politique est une mission de service public. Pourtant, tous les journalistes le savent, si elle apporte beaucoup de prestige au chanceux qui la présente, ce type de programme ne récupère que peu d’audience. En effet, les français désertent de plus en plus les chaînes à l’heure de ces émissions et, à titre d’exemple, les apparitions du président Hollande récoltent généralement de maigres audiences de 30 à 40%. L’analyse d’Alain Duhamel semble donc se confirmer : « à la télévision, la politique se trouve désormais au purgatoire et il n’est pas exclu qu’elle descende aux enfers ».
En matière de télévision, les hommes de gouvernement ont très tôt su apprécier l’utilité des émissions politiques. En dehors des exemples, ressassés à l’envie dans les amphis de Science Po ou de l’ESJ, des fameux débats présidentiels de Kennedy ou Mitterrand, on peut également citer la mainmise du général de Gaulle sur la télévision française des années soixante et ses interviews policés avec un Michel Droit dont l’allégeance était connue.
Avec Giscard d’Estaing apparait réellement l’émission politique télévisée dans sa forme classique, avec différents partis réunis sur un même plateau ; c’est l’époque que certains nostalgiques nomment « l’âge d’or » et rappellent de leurs vœux. Cette époque prend fin au début des années 90 avec l’apparition d’émissions plus orientées vers le grand public.
On perçoit dans ce changement l’éternel dilemme des journalistes politiques, tiraillés entre leur souhait de se voir en « décodeurs de la réalité » assumant une « fonction éducative » (Rémy Rieffel) et l’envie qu’on reconnaisse leur niveau d’expertise par des débats d’une haute technicité.

Divertissements et débats

Ainsi, alors que les émissions politiques disparaissent les unes après les autres à partir du début des années 1990 jusqu’à maintenant, la parole politique, cherchant une nouvelle caisse de résonnance, s’adapte et se déplace d’un plateau de télévision à un autre, celui des émissions de divertissement, contribuant ainsi à une « désacralisation » de l’homme politique qui devient un amuseur parmi d’autres (on se souvient, par exemple, des shows Patrick Sébastien/Jack Lang). Les chaînes de télévisions pensent ainsi avoir trouvé un compromis entre leur mission de service publique et la loi commerciale de la course à l’audience.

Les présentateurs d’émissions de variété comme Michel Drucker prennent ainsi une plus grande importance, bien qu’ils soient toujours considérés de haut par la classe des journalistes politiques qui diminue comme peau de chagrin. Une « feuilletonisation » de l’information se met en place : on recherche la petite phrase qui créera la polémique ; les hommes politiques se plaisent à ce jeu, suivant ainsi le conseil de Leon Zitrone « qu’on parle de moi en bien ou mal, peu m’importe. L’essentiel c’est qu’on parle de moi » !

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Il en résulte un problème de dialogue entre électeurs et élus.L’avènement d’Internet, et notamment des réseaux sociaux, ainsi que la multiplication de l’offre télévisée a multiplié la vitesse de l’information et la capacité du public à s’informer sur des sources toujours plus nombreuses et variées. Les français sont donc plus proches de l’information qu’avant. Partant de cette nouvelle donne, une nouvelle stratégie, apparue dès 2001, consiste alors à coller une courte émission politique juste après le journal télévisé et a en « accélérer le contenu » par des duplex et des reportages. L’émission politique rentre ainsi de plain-pied dans le règne de l’immédiateté avec son incessant renouvellement de thèmes. Le public en revanche disparaît des émissions politiques ou se trouve réduit à la portion congrue afin de ne pas en perturber le rythme.

***

Afin de se sortir de l’impasse du « divertissement politique », le téléspectateur assiste peu à peu à une réappropriation de l’émission politique classique par les journalistes, à savoir un dialogue journaliste/politicien dont le rythme est cependant plus soutenu qu’auparavant du fait la rapidité de circulation de l’information. Même les émissions à vocation de divertissement ont subi cette influence et se sont vus forcées à gagner en sérieux dans leur rapport avec les politiciens. L’émission politique parvient donc aujourd’hui à retrouver une seconde jeunesse au travers du talk-show de type « sociétal ». Devant cette évolution, on comprend donc le peu de succès de la traditionnelle allocution présidentielle de fin d’année, dont le public ne découvre le contenu que par les polémiques et débats qu’il suscite après coup sur les plateaux d’Olivier Mazerolle ou Maïtena Biraben.

Raphaël B.

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Les Aliens ou la représentation de « l’étranger » dans les films de Science-Fiction

Avertissement : ce titre est sans aucun doute une promesse trop généreuse par rapport à ce qui va être traité. Car ce billet n’est en fait qu’une modeste réflexion ayant comme point de départ le film district 9. Traiter un tel sujet mériterait au moins une thèse de sociologie. Je suis preneur pour tous financements. district-9-neill-blomkamp

Le premier film de Neill Blomkamp m’a inspiré ce papier pour l’intelligence avec laquelle il appréhende la figure de l’Alien. Petit rappel d’étymologie (origine des mots), le terme d’Alien vient du latin et se rapporte à ce qui est étranger ou inconnu, extensivement, ce qui vient d’ailleurs. L’Alien est donc une figure récurrente de la Science-Fiction, grâce à laquelle on peut retracer, à travers les époques, les pays et les points de vue, une appréhension (politique) de cette figure, celle de l’étranger. Dans tout film d’Aliens, en analysant l’Alien comme un objet de sociologie, un certain nombre de questions sont pertinentes à poser : quelles sont les caractéristiques physiques, mentales et sociales des Aliens ? Sont-ils solitaires, grégaires, civilisés ? Sont-ils guidés par leurs instincts ? Sont-ils avancés dans la maîtrise des technologies ? Lorsqu’ils viennent visiter les terriens, sont-ils belliqueux, pacifiques, intéressés, curieux ? Sont-ils des touristes, ou bien des réfugiés politiques, climatiques, ou encore des immigrés économiques ? Se poser ce type de question peut permettre de s’avancer avec prudence dans une analyse des présupposés politiques qui guident l’imagination et la réalisation de ces bijoux de la SF, pouvant cacher les opinions et les peurs caractéristiques d’une époque ou d’une civilisation donnée.

Le film district 9 adopte d’emblée un positionnement critique vis-à-vis de la civilisation occidentale. Dans ce film, le vaisseau extra-terrestre échoue au-dessus de Johannesburg en Afrique du sud. Alors que les Etats se disputent pour savoir quoi en faire, les Aliens sont parqués dans le district 9. La métaphore de l’appartheid est tout à fait explicite, d’ailleurs le film est entrecoupé d’extraits documentaires de l’époque. Les Aliens sont l’objet d’un traitement administratif répressif et les victimes passives de l’inébranlable et aveugle machinerie bureaucratique terrienne.

L’Etat recrute une multinationale de la sécurité, la MNU (Multi-National United), pour gérer de manière musclée le problème Alien en déplaçant ces populations marginalisées, dont les individus sont anonymisés – ce sont des « crevettes » – et criminalisés. La MNU n’a pas grand-chose à faire du sort des Aliens mais fera d’énormes bénéfices si elle parvient à percer le mystère de leur armement futuriste.

Quelques mots sur les Aliens selon Neil Blomkamp. Dans un bel exercice d’anthropomorphisme, l’auteur du film représente des créatures très naïves, malgré leur avancée scientifico-technologique sur l’homme, et manipulables avec du simple pâté pour chat.  Ces Aliens, contrairement aux Aliens superpuissants et belliqueux de la plupart des blockbusters hollywoodiens, sont pacifiques.

Au final, le film, en plus de renvoyer au traitement administratif et policier qui est réservé à l’étranger dans nos sociétés occidentales, offre la vision pessimiste d’un système sans fin qui aura toujours des communautés à discriminer. Mais le pessimisme peut aussi venir du fait, qu’en cas de visite extraterrestre, l’emballement de nos systèmes politiques, économiques, médiatiques et militaires laissera peu de place au dialogue et à l’enrichissement inter-planètes.

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Travail le dimanche : l’évolution ou la vie

http://www.afmeg.info
http://www.afmeg.info

Personne ne s’y attendait, et encore moins le tribunal de commerce de Bobigny qui pensait rendre une simple décision de justice : celui-ci avait en effet ordonné à quinze magasins Castorama et Leroy Merlin de fermer le dimanche. Mais la résistance des employés de ces enseignes, qui ont continué d’ouvrir leurs portes le dimanche 29 septembre malgré la décision du tribunal, a ouvert la boîte de Pandore d’un sujet de société qui s’invite régulièrement dans l’agenda politique.

Un labyrinthe juridique

Il est vrai que le débat est d’envergure et les règles en vigueur, compliquées. De fait, si le code du Travail spécifie que « le repos hebdomadaire est donné le dimanche », la liste des professions pouvant déroger à cette règle ne cesse de s’allonger, particulièrement dans les secteurs de la santé, du tourisme et de l’agro-alimentaire.

Profitant de la brèche, les commerces de détail peuvent également ouvrir le dimanche par simple arrêté de la préfecture ou de la mairie si leur fermeture s’avère « préjudiciable » où s’ils sont situés, depuis la loi Maillé de 2009, dans des zones dites « d’usage de consommation exceptionnel ». Ces dérogations sont accordées en fonction de l’intérêt touristique de la zone, de la culture locale de la population et de la nature du commerce (si les magasins de jardinage ont l’autorisation d’ouvrir le dimanche, ceux de bricolage ne l’ont pas).

Autant de règles et de dérogations subjectives, auxquelles s’ajoutent des conditions de rémunérations extrêmement variées suivant les cas de figure, génèrent un imbroglio juridique dans lequel peu d’entreprises  arrivent à se retrouver.

Une société qui évolue

D’après une enquête de l’Insee en 2011, 8,2 millions de personnes travaillaient le dimanche, de façon habituelle ou occasionnelle. Les chiffres mériteraient d’être réactualisés mais indiquent cependant une tendance lourde vers le travail le dimanche.

Le repos dominical obligatoire, obtenu le 13 juillet 1906, fut l’une des pierres angulaires du combat syndical ouvrier des XIXe et XXe siècles, revendiquant le droit à une vie sociale et familiale. Considéré comme acquis, il est cependant remis en cause par les nouveaux ensembles commerciaux des années 70 et revient depuis tous les quatre ou cinq ans sur la scène politique.

2013 apporte une nouvelle dimension à ce débat puisque ce sont les salariés des entreprises eux-mêmes qui font bloc autour de leur direction pour pouvoir travailler le dimanche. Ce phénomène, impensable il y a quelques  décennies, révèle l’évolution d’une société plus individualiste, moins centrée vers la famille, dans laquelle la libre détermination est une valeur absolue, tant pour le salarié que pour le consommateur.

On voit donc sur Internet les opinions se déchirer entre les partisans du « libre choix », les aspirants à une nouvelle source de rémunération, les défenseurs du pouvoir d’achat et les tenants d’une politique de défense des acquis sociaux. Les uns se réclament d’une société qui a évolué, ne laissant à la législation que le choix de s’adapter. Les autres considèrent le dimanche comme un garde-fou intouchable protégeant la vie sociale des français. Aujourd’hui, selon un sondage Opinionway, deux français sur trois soutiennent la révolte de Leroy-Merlin et Castorama, ce qui ne va pas sans raviver le débat. Les syndicats, partisans du repos dominical, se retrouvent quant à eux en position de porte-à-faux. Contestés de manière inédite par les employés frondeurs,  à la grande joie du patronat, ils sont en désaccord interne sur les mesures à prendre.

Un nouveau feuilleton

Devant la résurgence de ce sujet récurrent de société, transformé en véritable « serpent de mer » pour de nombreux gouvernements, quelle est la réponse de la classe politique ? La prudence !

Encore empêtré dans la question des Roms et conscient de mettre le doigt sur un sujet explosif, le Gouvernement de Jean-Marc Ayrault s’est risqué à « faire éventuellement évoluer les choses ». L’ancien président de la Poste, Jean-Paul Bailly a donc été désigné mener une mission d’information jusqu’en novembre. Enquête dont lui-même connait déjà la réponse pour avoir déjà donné son avis favorable à l’évolution du cadre législatif en 2009. Mais l’essentiel pour le moment est de gagner du temps ; qui sait si le débat ne se sera pas calmé d’ici-là ?

Face aux règles en vigueur, qualifiées de « mille-feuilles » par les médias. Une certaine évolution du droit du travail apparait inévitable. Mais ira-t-elle plus loin ? Prenant à bras le corps une vaste question de société, une éventuelle réforme en profondeur saisira-t-elle les revendications d’une nouvelle génération arrivant sur le marché du travail ? Une chose est sûre, pour le Gouvernement, un nouveau feuilleton commence.

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