La bouteille du grand large

Dans le Nord-est du pacifique, entre la Californie et Hawaï, les déchets produits par les activités humaines et déversés dans les océans sont acheminés par les courants marins vers un nouveau « continent » dont la taille atteint près de 3,5 millions de km² !

Ce continent qui représente un tiers des Etats-Unis ou bien six fois la France laisse dans notre inconscient l’image d’un bloc, compacte, naviguant en mer au gré des marées, de la houle et des courants.  En réalité, il s’articule plutôt comme une immense soupe dans laquelle patauge une quantité quasi innombrable de déchets.

« L’image d’un continent sert à sensibiliser le grand public, mais ne rend pas compte de la réalité », explique François Galgani, océanographe et chercheur spécialiste des déchets à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) dans un entretien accordé au journal Le Monde. «  Il s’agit plutôt d’une multitude de micro-plastiques, d’un diamètre inférieur à 5 mm, en suspension à la surface ou jusqu’à 30 mètres de profondeur, difficiles à voir de loin. Mais quand on puise dans l’eau, on en remonte une quantité impressionnante. »

En 1997, le capitaine Charles Moore fut le premier à découvrir cette zone de l’océan Pacifique où les déchets plastiques flottants s’accumulent.  Les observations effectuées depuis plus de 15 ans par l’Algalita Marine Research Foundation, sous l’effet des courants marins, les déchets provenant des littoraux et des navires, flottent pendant des années avant de se concentrer dans deux larges zones connues sous les noms de « Plaque de déchets du Pacifique est » (Eastern Pacific Garbage Patches) et « Plaque de déchets du Pacifique ouest » (Western Pacific Garbage Patches).

 Ces deux plaques forment la « Grande plaque de déchets du Pacifique » (Great Pacific Garbage Patch), un monstre dont la taille aurait déjà triplé depuis les années 90. Les observation de l’IFREMER ont révélé que l’océan  pourrait être composée de 750 000 débris par km² ; Greenpeace évoquait même fin 2006 près d’un million de déchets par km² dans son rapport sur les débris plastiques et la pollution des océans. Chris Parry, chef de programme d’éducation du public, de la California Coastal Commission of San Francisco, depuis plus de 50 ans,  « les déchets tourbillonneraient sous l’effet du gyre subtropical du Pacifique Nord (North Pacific Gyre) et s’accumulent dans cette zone peu connue : peu de routes commerciales et peu de bateaux de pêches l’empruntent ».
Voilà pourquoi tant de temps s’est écoulé avant de rencontrer ce nouveau continent de plastique.

Si les ONG telles que Greenpeace ou Friend of The Earth s’indignent du peu d’écho ainsi que du peux d’action mis en place par la communauté internationale, plusieurs projets sont à l’étude.

Michel Loudry, directeur général de PlasticsEurope a rappelé la nécessité de trouver d’autres solutions pour diminuer leur rejet. En première ligne : le recyclage. Chaque année, en France, plus de 500 millions de tonnes de déchets plastiques sont recyclées sur 3 milliards de tonnes produites. Ces matières peuvent également être transformées en source d’énergie, ou fabriquées de façon à éviter la perte de granulés au moment de la dégradation.

Dans le domaine privé,  l’entreprise Ecover a lancé une vaste opération de collecte des déchets plastiques marins visant la conception d’une nouvelle gamme de bouteille.

Dans une étude conjointe récemment publiée et repris par le site Bionews.tv, 16 instituts de recherche européens renommés, parmi lesquels l’Université de Gand, ont entrepris de « mettre sur carte la pollution humaine des océans ». Les conclusions sont sans appel : les déchets humains sont « partout, du bord des plages aux fonds des océans ». Ecover, spécialiste du nettoyage écologique, a officialisé la mise en circulation de la toute première bouteille réalisée à base de 10% de plastique repêché dans les mers. Durant cette phase, la nouvelle bouteille est produite en tirage limité et Ecover aspire à élargir la production dans le futur, de manière à ce que l’impact positif du projet prenne une plus grande ampleur et qu’il y ait suffisamment de bouteilles en Belgique afin de les commercialiser.

La démarche découle d’une initiative commune entre Ecover et quelques sociétés novatrices et actives dans la conservation marine et le monde des emballages. En utilisant des bateaux de pêche équipés de technologies de pointe, le projet « pêche du jour » de Waste Free Oceans « rémunère des pêcheurs européens pour collecter de deux à huit tonnes de déchets en plastique afin de les nettoyer et  les recycler ». Les déchets sont ensuite envoyés au site Closed Loop Recycling (recyclage Circuit Fermé) où ils ont été produits et transformés en plastique ; qui sera utilisé par Logoplast pour fabriquer les nouvelles bouteilles Ecover.

L’article de Bionews.tv rappelle que « l’objectif final de la société est de créer des conditions qui permettent un nettoyage systématique des nombreux déchets marins. La réduction des déchets plastiques fera non seulement le bonheur des poissons et mammifères marins, mais aura aussi un impact sur nous, humains, car elle réduira le niveau des micro-plastiques présents dans les produits alimentaires et les boissons ».

Autrement dit, plus de poisson, moins de plastique.

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Une réflexion au sujet de « La bouteille du grand large »

  1. Dans Man Versus Wild, le héro il montre que les objets en plastic permettent de survivre…comme quoi on peut bien laisser 2-3 mouettes galérer au décollage., non?

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