DEPARTEMENTALES : CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCEE, par Erick Orblin

Erick Orblin, fonctionnaire territorial, explique en quoi il est primoridal de sauver les départements pour la cohésion de notre territoire, de la République.

La République a-t-elle perdu la raison en voulant mener une guerre contre ses territoires ? Maurice Agulhon n’aurait-t-il pas su préserver sa République, ses département et ses villages ? L’existence même de la France serait-elle menacée ?

En résumé, notre pays a-t-il besoin de se réformer au point de s’autodétruire, de nier sa réalité, sa diversité et ses atouts qui font sa force ?

La réforme territoriale engagée en 2008 est en fait devenue un véritable serpent de mer.   Sur les recommandations audacieuses de la Commission Attali puis du Comité pour la réforme des collectivités locales présidé par Edouard Balladur, Nicolas Sarkozy s’est finalement résolu à engager la suppression des départements. Exit les cantons et les départements, les conseillers généraux devenaient des conseillers territoriaux siégeant au sein des conseils régionaux.

Le « Grand Conseil des communes de France » fit alors de la résistance et l’arrivée d’un nouveau Président de la République mena les conseillers territoriaux à trépas. Une nouvelle ministre, Marylise Lebranchu reprit le dossier, rassura les conseillers généraux promis une élection en 2014 mais pour un mandat unique car, c’était écrit : les conseils généraux disparaitraient en 2020.

Sans doute pour être plus sûr de faire aboutir ce projet, les conseillers généraux devenaient des conseillers départementaux et le conseil général devenait le conseil départemental. La division administrative territoriale perdait sa nature même et sa compétence générale déjà affectée par les précédentes lois de décentralisation dès 1982. Le conseil général ne l’était plus et avait des compétences d’attribution !

Mais puisque derrière ce projet se cachait le souci de réaliser des économies, on réduisit le nombre de cantons à tel point que même Bernadette Chirac, l’éternelle conseillère générale du canton de Sarran, disparaissait de la Corrèze.

On parle de décentralisation mais le pouvoir jacobin n’a jamais été aussi puissant. Il est en train de faire disparaître départements et… régions puisqu’il n’y en a plus que 15 !

D’un trait de crayon, on redessine le territoire mais d’un trait de crayon on saborde le navire France.

On veut regrouper, unifier, uniformiser ce qui fait le caractère et la spécificité d’un pays qu’on a eu tant de difficultés à construire. Pensez qu’il y a moins de 150 ans la langue française n’était pas encore parlée sur tout le territoire !

La diversité est la richesse de nos provinces et la France n’a pas vocation à devenir un agrégat de « Grands Paris ». Ne doit on pas sauver nos 36.000 communes même si sous l’effet d’une irrépressible désertification certaines se transforment en hameau et relèvent plus de la gestion associative que de la gestion administrative ? C’est la vie, c’est une transformation naturelle pour ne pas dire une mutation. Certaines disparaîtront, d’autres renaîtront mais a-t-on besoin d’intervenir pour les occire en masse au profit de grandes métropoles ?

Le système est évidemment devenu trop complexe, multiforme et dispendieux. N’est ce pas là l’échec des velléités décentralisatrices d’une République qui a perdu la raison en abandonnant ses pouvoirs à des élus locaux qui n’ont eu de cesse de vouloir toujours plus grandir dans une illusoire quête de puissance ?

La commune s’est transformée en communauté, puis en établissement public de coopération intercommunale, enfin en agglomération au point de couvrir une part importante du département. Au final, c’est le département qui s’est fait vampirisé mais s’il disparaît, c’est tout un château de cartes qui à terme va s’écrouler sur une multitude d’organes et sous ensembles protéiformes et inégaux pour finir par ’Etat, ultime victime de sa folie réformatrice.

C’est un peu pourquoi la décentralisation peut s’apparenter à une célèbre fable de La Fontaine (1): « le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages, tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs » !

La raison nous l’impose, sauver les départements c’est préserver l’unité et la cohérence de notre territoire républicain. Espérons que les nouveaux élus « départementaux » soient à la hauteur de la tâche !

Erick ORBLIN

Ancien élu local, fonctionnaire territorial.

(1) « La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf »- Jean de la Fontaine

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